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dimanche 15 avril 2018

Vers un Parlement tenu en laisse par l’Elysée...

Vous devriez vous intéresser sérieusement à la réforme constitutionnelle concoctée par Macron, qui après l’avis du Conseil d’Etat, sera soumise au Conseil des Ministres, le 9 mai. Il y a parfois notamment dans la gauche révolutionnaire une fâcheuse tendance à sous-estimer le rôle des institutions, à ne pas bien prendre la mesure de leurs conséquences sur les rapports sociaux et la démocratie. Comme parfois des camarades théorisent sur les luttes, comme si elles étaient hors-sol, comme si ne les conditionnaient pas pour partie les institutions, les lois, l’opinion publique. J’en parle d’expérience pour avoir vécu dans la CGT, à la fin des années 80, l’adoption au niveau de l’Europe des fameuses directives sur l’ouverture à la concurrence des services publics. Bien des camarades, et souvent occupant des responsabilités syndicales importantes, expliquaient qu’on n’en avait rien à cirer des directives européennes car seul comptait le rapport des forces découlant des luttes qui rendraient inopérantes ces directives. J’ai mesuré combien dans certaines Fédérations de ce qu’on appelait le secteur public et nationalisé, le vieux fond anarcho-syndicaliste de la CGT avait laissé des traces, anti-étatiques et anti-institutionnelles. Le problème c’est que le gouvernement lui s’appuyait sur ces directives au nom de la légalité institutionnelle européenne ! Il aurait fallu, tout de suite, batailler très fort avec des campagnes d’envergure en direction des usagers, des collectivités, des populations pour expliquer et dénoncer ces directives européennes. Le Parti Socialiste porte une responsabilité historique pour avoir avalisé et relayé dès le départ, au nom de l’idéologie libérale et du crédo de la construction européenne, ces directives. En quelques années, elles ont permis de liquider le service public d’ EDF, de la Poste, des Télécoms, etc...et maintenant de les appliquer à la SNCF. Aussi, ce que prépare Macron doit être apprécié à la hauteur de l’enjeu de ces modifications institutionnelles. Gardons nous de nos vieux démons anti parlementaires ! Car ce n’est pas ce qui devrait être amélioré et démocratisé dans la conception et le fonctionnement du Parlement qui va l’être ! C’est une mise sous tutelle de l’Elysée que veut le Président et un affaiblissement du rôle des élus de la Nation. La réduction du nombre de parlementaires de 30% va éloigner encore un peu plus les élus de leurs mandants ! Déjà qu’on les voyait pas trop sur le terrain, on imagine les conséquences de circonscriptions plus étendues ! Il y a trois députés pour le Loir et Cher. Pas une débauche. Deux demain ? Il faut reconnaître que le projet Macron a sa cohérence autoritaire. Pas besoin d’une pléthore de députés et sénateurs puisque par toute une série de dispositions complémentaires de la réforme vise à limiter tout ce qui relève de la liberté parlementaire. Ainsi l’exécutif veut décider davantage de l’ordre du jour des Assemblées. Il veut limiter l’initiative parlementaire sur les propositions de loi, sur les débats en commissions, sur les amendements. Au nom bien sûr de « l’efficacité »  et des «  raccourcissements des délais », il entend accélérer les échanges entre Assemblée et Sénat pour boucler rapidement les votes. Et bien d’autres mesures présentées, comme « techniques » qui vont toutes dans le même sens : vider la représentation populaire de sa substance, faire voter ce que exige l’exécutif et renforcer le caractère présidentiel de nos institutions qui, sur ce plan, sont déjà bien charpentées ! C’est à l’aune de ce Parlement réduit qu’il faut mette en parallèle l’injection de 15% de proportionnelle. Des calculs ont été faits et démontrent que ce pourcentage ne modifiera que très peu le poids actuel de chaque groupe. Une mini dose de proportionnelle pour la jouer « je suis un démocrate » et une super dose de centralisation élyséenne pour la jouer efficacité et modernité. Par réformes successives, nous nous acheminons vers une sorte de régime monarchie de Juillet, de moins en moins républicain et de plus en plus de droit divin. Et, sans riposte populaire, on n’a peut-être pas tout vu ..... la montée des périls internationaux sert toujours les atteintes des droits et des libertés.

mardi 10 avril 2018

Fonction Publique.. un secrétaire d’Etat-guillotine.

Fonction Publique.. un secrétaire d’Etat-guillotine.

Ce matin, j’ai écouté chez Jean-Jacques Boudin sur BFMTV, un certain Olivier Dussopt. Vous connaissez ? De son état : ancien socialiste passé chez Macron, député de l’Ardèche ( les pauvres ! ) et secrétaire d’Etat à la Fonction Publique. Il faut dire qu’en ce moment, le gouvernement fait défiler sur les médias tous et toutes ces secrétaires d’Etat, voire ministres, dont personne ne connaît le nom qui nous débitent les éléments de langage du jour, en bons petits soldats disciplinés. Il faut croire qu’ils ne sont pas très performants pour nous convaincre sur la grève non justifiée des cheminots, la détermination du gouvernement à réformer, etc... puisque le monarque doit s’y coller lui-même, deux fois cette semaine ! Dans la rubrique de ces quadra aux dents longues, le dit Olivier Dussopt, n’est pas en reste. Mais, son problème, c’est que comme presque tous les exécuteurs de basses œuvres, il est minable. Minable de chez minable comme disent les jeunes. J’ai vu défiler des quantités de ministres et secrétaires d’Etat de la Fonction Publique. Tous n’étaient pas des génies. Mais beaucoup avaient de l’envergure et le sens du service public, y compris à droite. Olivier Dussopt est bien à l’image de ce personnel politique qui s’est mis au service de la régression sociale, de la destruction de nos acquis, de l’identité spécifique de la France. On ne lui demande pas de porter un projet de la Fonction Publique d’un grand pays démocratique, social, développé et indépendant. Il en serait d’abord intellectuellement et humainement incapable. On lui demande de couper des têtes et de démanteler ce qu’il reste du Statut Général des Fonctionnaires. Car ses propos, même enrobés des expressions obligées de modernité, efficacité, évolution, adaptation, ne laissent place à aucun doute sur la finalité de la réforme Macron de la Fonction Publique. Le gouvernement va engager un an de concertation avec les syndicats de fonctionnaires, sur la base de ses cogitations sur «  Action 2022 », c’est à dire ses conceptions du rôle de l’Etat. Mais, c’est le même scénario que pour la réforme de la SNCF : l’armature de la réforme, celle qui conditionne l’avenir, n’est pas négociable. On jettera en pâture à la concertation syndicale quelques os. Et cela bien circonscrit dans « l’engagement présidentiel » de la suppression de 120 000 postes. 50 000 dans la Fonction Publique d’Etat et 70 000 dans la Fonction Publique Territoriale. Il n’a pu réfuter la forte baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires actifs et retraités, consécutive au gel durant des années du point d’indice. François Hollande avait levé le gel pour 2017.. pas suffisant pour lui permettre de se représenter ! Olivier Dussopt a laissé entendre que l’année prochaine, regel du point d’indice... Et la semaine prochaine, on devrait connaître les premières pistes de réflexion du rapport Delevoy sur les retraités et à quelle sauce vont être accommodés les régimes spéciaux de retraite ainsi que les grands axes du plan «  Action 2022 » Il va drôlement falloir se bouger et plus que jamais faire grandir un mouvement social convergent et solidaire .... sinon soupes populaires à prévoir pour pas mal de monde !

10 avril 2018.

mardi 3 avril 2018

TÉMOIGNAGE SUR MAI-JUIN 1968 AU MINISTÈRE DE LA CULTURE (3. Fin)

1ER JANVIER 1968 : MON ADHÉSION EFFECTIVE À LA CGT.

Je précise effective car j’avais demandé mon adhésion en septembre. Le trésorier, Jacques Fontaine, m’avait fait valoir que nous approchions de la fin de l’année et comme le syndicat privilégiait les placements de cartes syndicales à l’année, il me syndiquerait au 1er janvier. En attendant, je pouvais me considérer comme syndiquée et participer à toutes les activités. Ça fonctionnait comme ça à l’époque. Et c’est ce que je fis. Je connaissais bien maintenant notre secrétaire Alfred Piquet. Un personnage. Le militant qui m’a inspiré un immense respect et une admiration filiale. C’était un ancien de la Marine Nationale qui s’était ensuite reconverti dans la Métallurgie, puis entré, je ne sais trop comment ni pourquoi, au Ministère de la Culture. Il était communiste et portait haut ce drapeau. C’était un « pur », travailleur acharné, toujours sur le pont. Ce qui faisait la force d’Alfred, c’était un mélange à l’efficacité redoutable entre une connaissance poussée du droit administratif ( une vraie passion chez lui ) et une pratique syndicale très active, au plus près des personnels. L’administration le craignait car il détectait toujours l’erreur ou l’approximation dans leurs textes. C’était sa petite coquetterie que de clouer le bec à un directeur sur ses défaillances juridiques ! Mais l’Administration connaissait aussi l’ascendant qu’il avait sur les personnels et sa capacité à les mobiliser. Il rayonnait, en effet, de lui une force de conviction qui tenait plus à sa sincérité, sa connaissance des dossiers et son dévouement qu’à ses talents oratoires. L’homme était d’une totale simplicité, toujours en sandales, amenant sa gamelle tous les jours. J’ai raconté, dans mon hommage à notre camarade le concierge républicain espagnol, comment la pièce sans confort, sous les combles Rue de Valois, qui servait de réfectoire, se transformait le midi en une espèce de club de paroles et d’expression, animé par la présence majoritaire de syndiqués CGT. On y « buvait » les paroles d’Alfred qui analysait et commentait l’actualité, et comme nous étions en « off », il ne se privait pas de parler politique. On y approfondissait, aussi, bien des questions concernant le Ministère. Ces débats alimentaient à leur manière les réunions statutaires du syndicat. A peine avalé mon repas à la cantine de la Rue des Bons-Enfants, je grimpais participer à ces réunions. Pour la « bleue » que j’étais, ces discussions représentaient une formation militante et humaine que j’adorais. Ce qui sera la stratégie du syndicat dans notre ministère durant mai-juin 1968, a mûri dans ces débats informels, en sirotant le café de l’ami Balaguer ! J’étais membre de la section de l’Administration Centrale. Un bonne partie des dirigeants du syndicat en étaient membres et la section avait ainsi quelques difficultés à fonctionner tant son activité avait tendance à se confondre avec celle du syndicat général. Je commençais avec mes camarades à aller à des réunions de l’UD et de la section de Paris de l’UGFF.

LES PRÉMISSES DE LA GRÈVE :

Le 1er Mai 1968 avait été annonciateur, en fait, de bien des événements ultérieurs. La CFDT, la FGDS ( ce cher François Mitterand) et la FEN avaient refusé l’unité et CGT, PCF et PSU avaient appelé seuls. Ne parlons pas de FO qui depuis longtemps faisait bande à part avec une initiative rikiki. Les étudiants s’agitaient depuis plusieurs semaines. Des mouvements revendicatifs avaient lieu de ci, de là. On sentait que les mécontentements s’accumulaient. Puis, l’agitation des étudiants s’accélère au lendemain du 1er Mai et la répression s’abat sur eux, pour culminer dans la nuit du 10 mai, la fameuse « nuit des barricades », avec des centaines de blessés et d’arrestations. L’attitude à l’égard du mouvement étudiant faisait débat dans la CGT. Les militants étaient partagés. Je soutenais les étudiants même si je n’approuvais pas tout. Je sortais à peine de mes études supérieures et j’avais connu la galère. Beaucoup de camarades en restaient à la surface de leurs agissements, y voyant avant tout des enfants de bourgeois et petits- bourgeois, prétendant filer des leçons aux travailleurs et aux modes d’action irresponsables. Et c’est vrai que leurs comportements, leur verbiage révolutionnaire, m’irritaient moi aussi ! Mais, il faut dire que l’article de Marchais (dans l’Huma juste après le 1er Mai ) traduisait une cécité préoccupante sur les mutations intervenues, sur les retards de la société française sur les modes de vie et les aspirations de la jeunesse. De toute la jeunesse, pas seulement estudiantine. La répression du 10 mai a été un vrai électrochoc. Les flics s’en prenaient sauvagement à des jeunes. J’ai entendu plusieurs camarades dire que leur sang n’avait fait qu’un tour, comme s’ils revivaient la répression de Vichy, et plus proche, le massacre du métro Charonne. Elle a soulevé une émotion considérable et exprimait un besoin de solidarité qui s’associait à notre impatience d’agir pour nos revendications La CGT a pris alors alors ses responsabilités en appelant à la grève le 13 mai.

LE TOURNANT DU 13 MAI :

Dans mes souvenirs, c’est « ma » date d’entrée dans la grève. Valerie, ma fille de 5 ans, venait d’avoir les oreillons de manière carabinée et la pédiatre lui avait prescrit une convalescence de 15 jours. Nous l’avions amenée durant le week-end chez notre nounou des petites vacances, à la campagne près de Chartres, la belle-mère d’une amie. L’écrivain Serge Joncour est son petit-fils. Elle y restera un bon mois ! Durant toute la semaine du 13 au 20 mai, même si nous n’étions pas officiellement en grève, c’était tout comme. Les militants comme moi, passions une bonne partie de nos journées en réunions. Avec les personnels, dans les instances et avec les autres syndicats CGT du Ministère

( Gardiens de Musées, manufacturés des Gobelins, de Sèvres, etc ).

On sentait monter une sorte d’effervescence bonne enfant. De jour en jour, les décisions de grève se multipliaient dans le secteur privé, notamment métallurgie et automobile, dans le secteur nationalisé notamment SNCF, EDF, etc. J’ai en tête, dans les dates actées dans ma mémoire, le 17 avril, qui a dû être l’entrée en grève de la RATP et qui allait accélérer notre propre entrée officielle en grève. La CGT avait décidé de laisser la décision de grève à la base, pour ancrer un mouvement « voulu » démocratiquement. Car, il allait falloir tenir dans la durée. L’UGFF avait adopté la même position tout en incitant ses organisations à y aller et à ne pas rester à côté du mouvement comme en 1936. C’est Alfred qui nous y représentait et il y plaidait pour un mouvement dur.

20 MAI 1968 : GRÈVE GÉNÉRALE AU MINISTÈRE :

La décision avait été prise d’organiser une assemblée générale des personnels du Ministère sur Paris et la Région Parisienne, le 20 mai. On s’était mis d’accord dans la CGT pour que Piquet fasse l’intervention liminaire. Ce qui fut aussi accepté sans trop de problèmes par les autres syndicats. Il faut dire que l’audience de la CGT était de loin la plus importante. Je me souviens que juste avant le début de l’AG, j’ai fait part à Alfred de scrupules qui me titillaient « Nous sommes en train de donner suite aux CAP ( mutations, promotions, etc ). Je ne voudrais pas pénaliser les gens par des retards. Je m’inscris comme gréviste mais je travaillerai pour partie comme cette semaine ». Alfred a éclaté de rire et m’a répondu « Tu sais tout le pays va être paralysé. Tes arrêtés peuvent attendre ! Par contre la lutte, elle n’attend pas. On a besoin de toi ». J’ai entendu Alfred. L’assemblée Générale, après des débats animés, en particulier avec FO et des syndicats autonomes de jardiniers de Versailles, il me semble, décida à une très très large majorité, l’entrée en grève générale et l’occupation du Ministère. Nous avions préparé des attestations individuelles destinées à tous ceux qui se déclaraient en grève générale. Un comité de grève d’une vingtaine de personnes avait été élu. J’en faisais partie. Piquet avait veillé à ce qu’il soit représentatif des autres syndicats pour qu’on ne nous accuse pas d’hégémonie stalinienne ! Mais dans la pratique, ce sont les militants de la CGT qui y seront les plus présents, les plus actifs et les plus écoutés. L’occupation se traduisait par la présence permanente de personnels, de militants qui venaient aux nouvelles, qui en donnaient. L’Assemblée Générale, plus ou moins fournie bien sûr, siégeait non stop. Les gens apportaient chacun quelque chose à manger et à boire. Tout le monde se servait librement et cassait la croûte. On ne risquait pas de grossir car, sans essence pour les voitures et la RATP en grève, on marchait, on marchait. Les copains avaient donné chacun un peu de leur essence à quelques responsables du syndicat pour pouvoir assurer les réunions en Région Parisienne. Très peu de camarades ont dormi sur place. La situation au siège du Ministère ne l’exigeait pas. Il y avait des tas de mini réunions partout dans le Ministère. Quasiment personne ne travaillait ! Ça discutait dans tous les services. Une partie de l’encadrement participait, sinon en tant que grévistes déclarés, mais comme fonctionnaires et citoyens, à toutes ces « cogitations ». Ce besoin, comme on-dit aujourd’hui, de « libérer la parole » a été vrai partout en 1968, pas seulement à l’Odeon ou à La Sorbonne, mais aussi chez les cadres « ronds de cuir » du Ministère ! Je garde en particulier le souvenir d’un certain Bourguignon, un administrateur civil, se réclamant de la CFDT, qui avait mis sur pied un groupe de travail qui se réunissait à huis clos, dans une salle au sous-sol et carburait sur une nouvelle politique culturelle. Et avec lequel je m’écharpais régulièrement à l’AG tant il était viscéralement anti-CGT ! Tous les soirs, nous nous rendions, à tour de rôle, ( et à pied bien sûr ) au siège de l’UD de Paris. On y faisait le point, échangions les informations, intégrions les consignes pour la poursuite. Henri Krasucki présentait souvent le rapport qui introduisait les débats. C’était pour moi toujours un moment privilégié. J’ai tout de suite apprécié les capacités d’analyse, la hauteur de vue et toujours sous-jacente, la culture du personnage. Plusieurs dizaines d’années après, je peux encore citer certaines de ses phrases-formules, qui vous marquent parce qu’elles sont significatives d’une pensée et vous font réfléchir à votre tour.

DERNIERS JOURS DE MAI, LES NÉGOCIATIONS AU MINISTÈRE :

Le gouvernement et le Patronat ont été contraints de négocier. Les 25, 26 et 27 mai. Ce seront les « Accords de Grenelle » qui ne seront rejetés par la base. Des négociations dans les branches et les entreprises les dépasseront largement, en acquis pour les salariés. Dans la Fonction Publique le gouvernement-employeur lui aussi doit se mettre autour de la table, les 28 et 29 mai, les 1 et 2 juin 1968 Ce sera « le constat Oudinot. Les avancées ont été importantes. J’aurai l’occasion d’y revenir. Mais je voudrais tout de suite souligner deux faits majeurs. Le premier : c’est la première fois que le gouvernement négociait avec les syndicats de fonctionnaires. Il avait jusqu’à présent refusé en raison de la position particulière des fonctionnaires. L’Etat ne peut négocier avec lui-même, disait-il. Le rapport des forces l’y a contraint. Il ne pourra revenir en arrière. Le second : c’est la première fois que vont négocier côte à côte pour la CGT. les Fédérations représentant les personnels de l’Etat, des PTT, des collectivités locales et de la Santé. Il va en découler une coopération solidaire permanente qui jouera un rôle notable dans l’élaboration des analyses et les revendications de la CGT pour la Fonction Publique et les luttes à venir. Au ministère, comme dans les autres, nous exigions l’ouverture de négociations. Le cabinet et le directeur général de l’Administration Centrale, Mr. Sérignan, le parfait technocrate genre grand seigneur d’Ancien Régime, opposaient une résistance méprisante. Mais ici aussi, la grève massive et déterminée jouait en notre faveur. Je n’ai plus la date en tête., mais c’est autour des derniers jours de mai que l’assemblée générale décida le matin de passer à l’acte. Nous avertissons le cabinet qu’à telle heure ( je crois 16 heures ), une délégation d’une vingtaine de personnes, élue par l’assemblée générale, se présentera au bureau du Ministre, pour l’ouverture de négociations. J’en faisais partie. Le cabinet renâcle, doit céder sur le principe mais veut limiter la délégation à 5/6 membres. On lui fait savoir que se présentera la délégation telle qu’élue par l’Assemblée Générale. Pas de réponse. A 16 heures, nous gravissons le magnifique escalier de l’Hotel de Valois. Ce moment est comme une photo dans mon cerveau. En ces instants, je voyais défiler la séquence du film de Sacha Guitry, « Si Versailles m’était conté... » lorsque les femmes Paris se sont rendues à Versailles le 5 octobre, montent un escalier identique et rameront la famille royale dans la capitale. Un sentiment qui vous prend les tripes : la force de la volonté populaire. Nous sommes entrés. L’huissier a dû rajouter des chaises mais une partie de la délégation est restée debout ! Malraux était entouré de son directeur de cabinet et de Sérignan. Je me demandais si j’hallucinais. Le grand Malraux....les cheveux teints et les mèches en bataille, affalé sur son bureau, la tête posée sur son avant-bras, nous regardant comme si les Cosaques du Don avaient envahi son bureau. J’avais l’impression qu’il s’était dopé pour affronter cette épreuve. Il avait du mal à parler et sa respiration faisait un bruit comme celle d’un asthmatique. Après les présentations d’usage, il prend sa tête entre ses mains, nous regarde longuement et nous dit de son inoubliable voix rauque : « Je tiens à vous remercier de ne pas avoir mis le feu à Notre-Dame ». J’ai cru que Piquet allait à son tour s’étouffer ! Et ce cher Alfred est parti dans une longue tirade sur notre conception de la Culture, que le Patrimoine de la France appartenait au peuple qui avait le devoir de le préserver et que c’était l’Etat qui le laisser se dégrader. On n’a plus guère entendu le ministre qui de toute façon ignorait tout de la situation de son personnel. Il avait délégué la conduite de la réunion à Sérignan. Mais il suivait attentivement les débats, toujours affalé. Sérignan répondait par la négative à nos demandes, argumentait en contre à la limite de la provocation. La température montait ! Nous commencions à menacer de partir et d’aller rendre compte à l’Assemblée Générale. Malraux intervint alors en donnant consigne à son Directeur de mettre en place des groupes de travail sur nos principales revendications : les droits syndicaux, les conditions de travail, une couverture statutaire pour les catégories qui en étaient dépourvus et les auxiliaires. Et de lui en rendre compte pour des décisions acceptables par les syndicats. Comme on dit, si les yeux de Sérignan avaient été des révolvers ! Mais, en sortant, on s’est dit que Malraux avait conservé un reste de son passé avec l’Espagne républicaine ! Les discussions vont durer des semaines. Le syndicat avait décidé de mettre en avant des revendications qui relevaient de la compétence du ministère pour ne pas se voir opposer le fameux : « ça ne dépend pas de moi mais de la législation commune à tous les fonctionnaires. Donc du ministère de la Fonction Publique ». Aussi, nous avions mis le paquet sur les moyens d’exercice du droit syndical, sur les conditions de travail déplorables de nombre de catégories et sur l’exigence de règles statutaires ou conventionnelles pour ceux qui en étaient dépourvus et vivaient une précarité indigne d’un ministère ayant en charge la culture ! Je me permets de vous renvoyer à tout ce que j’ai déjà abordé sur mon blog concernant ces sujets notamment les conférencières du Louvre, les vieux employés de nuit à la surveillance, etc. Plusieurs réformes statutaires améliorant la situation des agents en découleront ainsi que des mesures de titularisation des auxiliaires ou d’emploi à temps plein.

LE PRINCIPAL ACQUIS DE 1968 AU MINISTÈRE : LES DROITS SYNDICAUX.

Il n’existait alors aucune réglementation d’ensemble pour les fonctionnaires et l’UGFF ne bénéficiait d’aucun droit propre en tant que structure fédératives des organisations CGT de la Fonction Publique. Elle fonctionnait avec les maigres moyens concédés par ses organisations membres. Celles-ci, Fédérations et syndicats nationaux avaient au fil du temps, des luttes et de leur « poids » en influence, obtenu des moyens en locaux et dispenses de service, qui constituaient des acquis de fait, très hétéroclites et caractérisés par une forte centralisation à Paris. Le décalque de l’Administration française. La jeunesse du ministère expliquait pour partie le vide existant en ce domaine. Alfred Piquet, qui nous avait rappelé un jour que les bolcheviks n’hésitaient pas à dévaliser les banques pour avoir les moyens de préparer la Révolution, considérait que pour développer le syndicalisme dans notre ministère, à commencer bien sûr par la CGT, il fallait des moyens à la mesure et durables. C’était une analyse pertinente. La conquête de droits syndicaux devait être notre priorité. Mr. Sérignan dût se résigner à nous concéder des locaux syndicaux, des dispenses partielles et totales de service, des moyens de tirage ronéo, etc. Et surtout, une innovation de taille dans la Fonction Publique, qui le restera longtemps : l’élection des membres des Comités Techniques Paritaires ( les organismes compétents sur en gros toutes les questions hors gestion individuelle des personnels ), par tous les agents. Une sorte de suffrage universel donnant une légitimité syndicale difficilement contestable. Ces acquis syndicaux de 1968 ont joué un rôle certain dans le dynamisme de la CGT au ministère de la Culture.

UNE SUITE IMMÉDIATE DE 1968 : L’ASPIRATION AU REGROUPEMENT « DES » CGT DU MINISTÈRE.

Les structures de la CGT recoupaient celles des composantes initiales du Ministère telles que décrites ci-dessus. Les événements de 68 avaient été révélateurs des conséquences négatives de l’éparpillement des forces de la CGT. Il y avait besoin de solidarité entre les catégories, de convergence dans les revendications, de cohérence dans nos analyses et notre vision du rôle de notre ministère. Une fois ces évidences énoncées par tous, leur concrétisation se heurtait à des réalités plus complexes dans lesquelles subjectivités et habitudes pesaient lourds. L’obstacle essentiel était de surmonter les réserves des catégories ouvrières et de surveillances à l’égard des administratifs. Les administratifs portaient fort l’idée d’une force syndicale CGT unifiée. Les autres catégories craignaient que les administratifs, réputés plus à l’aise avec plume et parole, ne les marginalisent au sein d’une structure unique. Le corporatisme et les symboles compliquaient aussi la situation : il y a toujours une sorte de décalque mimétique entre l’image et la personnalité d’une structure administrative et son pendant syndical ! Ainsi, par exemple, le syndicat des personnels de Sèvres et ses ouvriers des métiers d’art, se considérait « supérieur » aux gardiens de Musée ! Les administratifs étaient, de plus, un peu suspects d’être plus fragiles aux pressions administratives et aux idées réformistes ! Dans le même temps, le cabinet du Ministre tentait de regrouper la gestion de tous les personnels des services extérieurs du Ministère, éclatés pour beaucoup en unités peu nombreuses, à la gestion disparate et pénalisant les possibilités de promotion de ces agents. Il se heurtera à des résistances qui se solderont par le refus notamment de la Direction des Archives de participer à ce regroupement. Peu à peu, le besoin de solidarité et d’être plus forts ensemble, gagnera au sein de la CGT Culture qui eut, grâce à Alfred, la lucidité de regrouper les forces tout en laissant une très large autonomie interne, préservant la personnalité de chaque syndicat d’origine. Ainsi naîtra, après le Syndicat général des Affaires Culturelles, l’USPAC : l’Union des Syndicats des Personnels des Affaires Culturelles.

CE QU’ON APPELAIT ALORS « LE GAUCHISME » : NON, MERCI.

Je ne me suis pas du tout reconnue dans les mouvements ou idées portées par ce qu’on appelait alors « le gauchisme » que ce soit dans ses formes étudiantes ou féminines ou syndicale- politiques. Pourtant comme j’aime me forger un jugement par moi-même, j’étais allée plusieurs fois le soir à l’Odéon, où défilaient non stop sur la scène, sommités et inconnus, pour s’exprimer sur la situation. Dans une ambiance surchauffée et saturée de fumée, au milieu de détritus de papiers sales, bouteilles et autres. Pour moi, un délire de catégories sociales en mal d’existence dont souvent je ne comprenais pas le sens exact de leurs propos. Un autre monde bien éloigné des préoccupations des gens avec lesquels nous étions en grève générale ! Ou d’une bonne partie de la France. Comment ne pas me rappeler ce coup de téléphone de ma grand-mère. Passé chez un voisin car elle n’avait pas le téléphone. Sa voix angoissée pour me demander si nous avions encore du sucre à Paris et si j’arrivais à manger. Les images à la TV sur la nuit des barricades et ensuite sur toute échauffourée, avaient effrayé l’opinion publique non engagée, notamment en province. Il faut dire aussi que j’avais vécu une expérience du genre vaccination à effet immédiat contre le gauchisme ! Un matin, au début du mouvement, nous tenions une réunion aux Beaux-Arts pour rédiger le cahier de revendications des modèles. Ces jeunes filles et femmes, convoquées souvent à la dernière minute, posaient des heures durant sans pause, nues ou presque, dans des salles glaciales, sans couverture sociale et pour une rétribution de misère ! En pleine réunion, surgit par une porte au fond de l’immense salle où nous étions installés à l’autre bout ( heureusement ), une poignée d’énergumènes hurlant « dehors les staliniens, on va vous régler votre compte, sales traîtres ». Les copains du syndicat local ( une pensée pour Alfred Bensaid ) se sont interposés et nous ont, comme on dit, « exfiltrés », par une autre porte. Je l’avoue, j’ai eu peur, et j’éprouvais une incompréhension horrifiée face à une telle violence contre un syndicat qui faisait simplement son boulot. Ces jeunes appartenaient au mouvement du 22 mars.

VERS LA REPRISE DU TRAVAIL ET LA « VICTOIRE » DE DE GAULLE :

A partir du 24 Mai, les événements vont s’accélérer sur le champ des manœuvres politiques. De Gaulle annonce un prochain référendum sur la rénovation universitaire, économique et sociale. Le 27 mai, l’UNEF lance l’appel au Rassemblement au Stade Charléty des forces qui théorisent sur l’état insurrectionnel du pays et une révolution qui ne demande qu’à être ramassée ! Et bien sûr, vomissent sur PC et CGT. Le 28, Mitterand se porte candidat à la présidence de la République si le non l’emporte au référendum, ce dont il est convaincu! Le PC fait lui des propositions d’entente des partis de gauche sur l’idée d’un gouvernement populaire unitaire. Le 29, de Gaulle disparaît des radars. On saura par la suite qu’il est allé s’assurer de la fidélité de l’armée ... au cas où ! Ce même jour, la CGT soutenue par le PCF organise une manifestation monstre dans Paris. Quel souvenir ! Il faisait une chaleur d’enfer ! Les semelles collaient au goudron par moment. Nous nous époumonions à scander « gouvernement populaire ». A ce stade des événements, ce mot d’ordre prenait une ampleur qui traduisait ce besoin de changement, cette conviction qu’il fallait une issue politique au mouvement social et à tout ce dont il était porteur. Ces quelques jours ont profondément marqué ma conscience politique. Un vrai bond en avant. J’ai profondément ressenti les méfaits de l’anticommunisme et de la division, les ravages des illusions pseudo-révolutionnaires même s’il y avait une charge de romantisme et, chez certains, de sincérité qui ne me laissaient pas indifférente. Deux données se sont imposées à moi. D’une part, les limites d’un mouvement social même puissant s’il ne se prolonge pas dans un mouvement politique au niveau de l’exercice du pouvoir d’Etat ; D’autre part, la nécessité d’assumer un engagement politique, à côté de son engagement syndical, pour ne pas opérer de transfert du politique dans le syndical et préserver la spécificité et l’indépendance du syndicalisme. Le 30, les gaullistes et la droite organisaient leur énorme manifestation des Champs-Élysées. Le ministère étant tout près, j’ai raconté dans un précédent billet, que nous avions envoyés quelques camarades apprécier cette manif. Dont Jean Farrugia, un ancien résistant et ancien militant pourchassé par l’OAS pour son engagement auprès du FLN en Algérie. En revenant, impressionné par le nombre et la virulence des participants, Jean nous dit avec gravité : « mes camarades, il n’y a plus qu’une solution : prendre le maquis ». Les élections législatives règleront le problème : elles traduiront une victoire électorale pour de Gaulle, un recul des partis de gauche. Un vote de peur et d’incompréhension d’une partie suffisante de la France. Pour un temps. La reprise du travail se fera pour nous vers le 6/7 juin. Mais les causes des événements de mai-juin 1968 n’en avaient pas disparu pour autant. Elles vont vite sonner à nouveau les cloches de l’Histoire.

PLUS RIEN COMME AVANT :

Cinquante après, si je devais passer mes souvenirs au travers d’une écumoire, qu’est-ce qui resterait sur la surface de celle-ci ? Un sentiment de durée : trois grosses semaines qui me semblent avoir duré plusieurs mois tant elles furent denses, riches en événements et activités. Une irremplaçable formation : j’ai plus appris, expérimenté, discuté, vécu d’événements marquants que dans d’autres périodes de ma vie militante. Ce fut un condensé exceptionnel de formation pour les jeunes militants. L’expression « J’ai fait Mai-Juin 68 » résume bien cet apport de théorie/pratique dont nous avons bénéficié. Une fraternité humaine : j’ai ressenti ce sentiment bien des fois entre camarades unis par des idéaux communs, par une volonté de combattre les injustices. C’est comme si ce mouvement social avait gommé petites rivalités, mesquineries. Il nous a fait donner le meilleur de nous mêmes pour nous mettre le plus possible à sa hauteur. Une ambiance joyeuse : ce fut la caractéristique de ce mouvement même dans ses moments cruciaux. Il y avait de la joie dans ce tous ensemble bon enfant, dans ce sentiment que de toute façon l’avenir était de notre côté. Je garderai toujours le souvenir de l’Assemblée Générale où sandwich à la main, on réformait aussi bien le ministère que le statut des mosaïstes des jardins nationaux ou commentions passionnément l’actualité. Oui, rien ne sera plus comme avant. 1968 va être le tournant de ma vie : je vais la consacrer au syndicalisme. C’est ma filiation sociale : enfant de mai-juin 1968.

mardi 27 mars 2018

TÉMOIGNAGE SUR MAI-JUIN 1968 AU MINISTÈRE DE LA CULTURE (2eme partie)

HIVER 1966-67 : MA PREMIÈRE ACTION ... CONTRE L’INTERDICTION DU PORT DU PANTALON ! :

L’hiver 1966-67 était froid. Beaucoup de femmes portaient donc un pantalon. Port du pantalon qui, petit à petit, entrait dans les mœurs vestimentaires des femmes. Je ne sais quel brillant et conservateur esprit à Matignon avait sévi ou voulu se distinguer. Je revois mon chef de bureau, Mr. Buffin, tout rouge, tout gêné, une feuille à la main, entrer dans mon bureau. Mr. Buffin qui était devenu fonctionnaire parce qu’il fallait nourrir sa famille nombreuse, femme au foyer et 7 enfants. Catholique pratiquant, délicieusement vieille France, parlant un français digne du Larousse, qui aurait voulu être littérateur et poète. Il cachait timidité et humanité en ne sortant de son bureau que par obligation. Il me fichait une paix royale, me faisait confiance et ne me demanda jamais de justificatif lorsque je m’absenterais pour mes activités syndicales. La feuille en question était une circulaire, signée Pompidou, qui réactivait les prescriptions de l’ordonnance du 7 novembre 1800 sur l’interdiction du port du pantalon par les femmes. Comme nous étions, quand même en 1966, l’interdiction était limitée aux femmes fonctionnaires cadres de catégorie A. Le pantalon portait, paraît-il, atteinte au bon exercice de leur autorité. J’étais sidérée et indignée d’autant que j’étais ce jour là en pantalon. Le téléphone a très vite fonctionné. Les réprobations étaient générales chez mes collègues de tous âges et familles de pensée. Une vraie humiliation. Nous avons convenu d’un jour, la semaine d’après, où nous viendrions en pantalons avec comme consigne de passer le maximum de temps à se balader dans les couloirs, à se faire voir de nos directeurs, etc. Plusieurs collègues qui n’avaient pas de pantalons, en ont acheté un, pour le porter en solidarité. J’ai le souvenir d’une journée joyeuse, pleine de discussions avec des collègues que je connaissais encore peu. Dans tous les ministères, les réactions des femmes étaient vives. Quelques jours plus tard, Mr. Buffin m’a informé que Matignon avait fait savoir « oralement » que cette circulaire devait être considérée comme nulle et non avenue. C’est une réponse de même nature qui, encore en 2013, confirmera que l’ordonnance en question, contraire à la Constitution, n’était toujours pas abrogée mais s’était éteinte d’elle-même et qu’il convenait de la considérer comme une pièce d’archives ! Mignon, non, pour ne pas reconnaitre que ce sont les femmes qui lui ont tordu le cou !

13 MAI 1967 : MA PREMIÈRE GRÈVE ET MANIFESTATION ... CONTRE LES ORDONNANCES SUR LA SÉCURITÉ SOCIALE.

Je n’étais pas encore syndiquée. Je n’appartenais pas à une famille politisée. On ne parlait jamais politique ou problèmes sociaux chez nous d’autant que j’ai été élevée dans un milieu de femmes ( grand-mère, sœur, mère ) car mon père naviguait 10 mois de l’année du Havre à New-York. Il était, mais sans plus, syndiqué à la CGT comme la majorité de ses collègues. Mais moi, je développais depuis ma plus jeune enfance une passion pour l’Histoire, et ensuite pour l’actualité politique. A 10 ans, je soutenais activement la paix en Indochine et la politique de Mendes-France. Je dois à deux institutrices du primaire puis à plusieurs enseignantes au lycée qui avaient été des résistantes, une sensibilité contre le colonialisme, contre le fascisme, contre les guerres. Cette sensibilité, elle se greffait sur mon histoire familiale, transmise par la mémoire féminine : l’immigration italienne de la pauvreté et le dur labeur de la petite paysannerie bretonne. Les débuts de ma vie professionnelle m’avaient vite mis face à des réalités sociales qui constituaient un envers du décor peu glorieux pour le jeune ministère, missionné au rayonnement de la France. Le coup de force de de Gaulle de faire passer la réforme Jeanneney sur la Sécurité sociale par voie d’ordonnance me heurtait. La réforme renforçait la main mise l’Etat et du Patronat sur cette conquête de la Libération. J’ai participé à la grève et à l’énorme manif du 13 mai 1967. Première grève et première manif. J’étais très impressionnée par ce sentiment de puissance que donne les grandes manifs motivées. J’étais allée au RV des collègues de mon bureau qui étaient presque tous syndiqués à la CGT. Le secrétaire du syndicat, Alfred Piquet que je ne connaissais pas encore, y avait été affecté un temps. Ils me diront plus tard que ça leur avait fait tout drôle de voir en grève et à leur côté leur sous-chef de bureau ! Ces collègues cégétistes ont joué un rôle décisif dans la transformation de mes aspirations sociales en engagement syndical. J’aimais discuter avec eux. J’apprenais plein de choses de la vie, du travail, avec Mr. Ciprut, Mmes. Jallet, Nédélec, Garcia, Adjed, etc. C’étaient tous humainement de belles personnes et ils offraient une image de la CGT qui correspondait à mes yeux à l’idée que j’avais d’un syndicat : avec les gens, à l’écoute de leurs problèmes d’une part et d’autre part, porteur d’un idéal de transformation de la société et sans compromission avec les puissants. Après le 13 mai, j’ai commencé à aller aux réunions de la CGT et à lire ses publications. Comme je lisais pas mal par ailleurs, notamment la presse comme Le Monde et Combat, je n’ignorais rien des critiques à l’encontre de la CGT et de son image de satellite du PCF. Ce n’était pas ce que je ressentais. L’anticommunisme à l’égard de la CGT ne m’a jamais influencé.

( à suivre )

lundi 26 mars 2018

TÉMOIGNAGE SUR MAI-JUIN 1968 AU MINISTÈRE DE LA CULTURE (1)

Il m’a paru intéressant de replacer ces événements dans le contexte de ce qu’était alors le Ministère des Affaires Culturelles et les quatre brèves années que j’y ai passées. Ce texte ne s’apparente en rien à des mémoires ou un essai historique. Il est un simple témoignage basé sur mes seules mémoire et expérience. Et sur mes ressentis. Volontairement, je n’ai vérifié que quelques dates pour ne pas m’enfermer dans des études et appréciations d’autres qui auraient pu, cinquante ans après, influencer mes souvenirs. Au risque de l’approximation ou de l’erreur de date mais au bénéfice de l’authenticité spontanée. Ce témoignage est publié en plusieurs fois sur ce blog.

1/ 1966 : SAVOIRS ET SAVOIRS-FAIRE, UN APPRENTISSAGE SUR LE TAS :

J’ai pris mes fonctions d’attachée d’administration centrale stagiaire, le 1e août 1966. J’avais 22 ans et demi. En compagnie de ma meilleure amie de Sciences Po, Suzanne Simon ( qui est décédée en début d’année ). Il n’y avait que peu de postes à pourvoir par ministère. On classait les ministères par ordre décroissant de choix. Toutes les deux, nous avions placé en tête le ministère des Affaires Étrangères ( deux postes mis au concours ) qui correspondait le mieux à notre formation et nos goûts. En second, celui de la Culture ( deux postes aussi ) par attirance. Nous eûmes notre second choix car notre rang de réussite au concours était bien placé mais pas assez pour les Affaires Étrangères, très convoitées ! Beaucoup de candidats postulaient plutôt les Finances ou l’Intérieur, réputés pour leur régime indemnitaire et les possibilités de carrière. Suzanne fut affectée au bureau du personnel de l’Administration Centrale et y resta pendant toute sa présence au ministère, avant de réussir le concours interne de l’ENA. Moi, à la direction de l’Architecture. Je devais être affectée aussi au bureau du personnel de cette direction car les différentes directions du Ministère géraient alors chacune les personnels relevant de leurs services extérieurs. Ce genre de poste n’était guère prisé car réputé source de beaucoup de boulot et de tracas pour régler les situations personnelles et peu propice à se faire mousser pour sa carrière. On y casait donc les deux jeunettes qui débarquaient, tout feu tout flamme ! Mais c’était l’été, et comme le fonctionnaire que je devais remplacer pour cause de départ en retraite, ne serait pas de retour avant fin septembre, on me confia au bureau qui s’occupaient des travaux concernant les monuments historiques. Il n’existait pas d’Ecole spécialisée d’adaptation à l’emploi, à l’époque, pour les attachés. Nous étions considérés comme des cadres à vocation « généraliste », dont le concours avait validé le niveau de formation théorique et générale acquise sur les bancs de l’enseignement supérieur. C’était donc l’apprentissage en direct sous la houlette de fonctionnaires chevronnés. Ces quelques semaines furent passionnantes. Madame Espelette, proche aussi de la retraite et quelques autres, n’ont pas lésiné sur le temps qu’ils me consacrèrent. Je passe sur la phase obligée de la prise de connaissance de la réglementation en vigueur, sur les procédures à suivre, sur les rébarbatives mais décisives règles budgétaires. Cette formation au quotidien avec des fonctionnaires ayant un sens aigu du service public, une longue pratique, maîtrisant leurs dossiers par cœur et connaissant tout le monde, avait une irremplaçable dimension : une transmission non seulement des savoirs administratifs, mais des savoirs faire et des caractéristiques de chaque secteur. Les jardiniers de Versailles ou les gardiens d’Azay le Rideau, ce n’était pas « du personnel » indistinctement. Chaque catégorie, chaque monument, avait sa personnalité et ses codes. Dans l’attente de mon affectation, j’ai visité donc avec les meilleurs guides imaginables, nombre de monuments historiques « de l’intérieur ». Quels souvenirs et moments d’émotion : le bureau des Présidents de la République, en l’occurrence de Gaulle, à Trianon et s’assoir sur son fauteuil ! Les petits couloirs et escaliers camouflés, empruntés par les serviteurs, au château de Champs sur Marne ! Les cellules de Fontevrault en train d’être démolies pour en finir avec son statut de prison et ouvrir ce chef d’œuvre architectural au public. Et j’ai travaillé avec eux sur tous les grands dossiers qui lancèrent dans cette décennie de vastes travaux de préservation du patrimoine monumental français. Tout ce qu’il m’ont transmis m’a beaucoup aidé sur le plan syndical pour toujours replacer situations et individus dans les multiples contextes de ce ministère original.

2 /1959 : LA CRÉATION D’UN MINISTÈRE « PATCHWORK » :

Les évolutions des structures administratives ne sont jamais neutres. Elles obéissent toujours à l’émergence de besoins et de développement de leur sujet d’origine. Souvent lorsque l’Etat est conduit à prendre en charge un nouveau domaine de compétence parce qu’il revêt un intérêt général, soit nouveau, soit dépendant d’une collectivité, soit nationalisé, il le raccroche à un ministère existant. Je pense à l’exemple de la Météo ou des Statistiques, d’abord rattachés au Ministère de l’Interieur. Puis, lorsque ce domaine de compétence grandit, il y a généralement partition et naissance d’une structure administrative propre. Le ministère appelé à l’époque des Affaires Culturelle est né en juillet1959, dans le berceau de la Ve République. Il était le résultat de trois principales raisons : la volonté de de Gaulle d’avoir un instrument de propagation internationale de la culture comme dimension de la grandeur de la France ; offrir à André Malraux un ministère à sa mesure qui lui fasse accepter sa participation au gouvernement ; les aspirations grandissantes à la culture d’une population plus jeune, plus instruite, plus urbaine. On regroupa donc toutes une série de directions qui menaient une vie quasi autonome au sein du ministère de l’Éducation Nationale, et quelques petites structures relevant de l’Industrie ou de la Jeunesse et des Sports. Les personnels avaient mis une condition : conserver le bénéfice de la MGEN, qui recrutait seulement dans l’Education Nationale et était considérée comme une mutuelle d’avant-garde. Ce fut chose faite... et je suis toujours à la MGEN ! Il allait falloir faire de ce « patchwork » aux entités jalouses de leur autonomie respective et aux personnalités très différentes, une nouvelle entité ministérielle cohérente. Les événements de 1968 seront un accélérateur de cette construction administrative et humaine. En ce milieu des années 1960, il y avait encore peu de cadres appartenant aux corps des administrateurs civils issus de l’ENA et à celui des Attachés, mais des Agents Supérieurs, corps de cadres en voie d’extinction, tous vers le départ en retraite. Le jeune ministère avait reçu pas mal d’administrateurs de la France d’Outre-Mer, qu’il fallait recycler après les décolonisations en Afrique. Une catégorie particulière. Sur le plan personnel, des types charmants ne se prenant pas au sérieux et eux aussi attendant la retraite ! Sur le plan professionnel, ces ex-serviteurs d’une administration coloniale étaient, disons, très cool !

( à suivre )

mercredi 21 mars 2018

AVANT ET APRÈS LE 22 MARS : LE POISON DES DIVISIONS.

Si vous me lisez régulièrement, vous ne serez pas étonnés par ce titre. Vous penserez peut-être que je me rabâche. J’accepte d’autant plus votre constat que je dirais même que ce sujet m’obsède. Je suis intimement convaincue que la sauvegarde de ce qu’il subsiste des garanties sociales, des fondements de la cohésion nationale et de la démocratie tout court, vont se jouer sur la lucidité et la capacité des forces non libérales et non fascisantes, à surmonter ce poison des divisions entre les couches populaires et les couches moyennes, à l’intérieur de chacune d’elle, entre ceux qui ont un boulot et ceux qui n’en ont pas, entre actifs et retraités. Je ne comprends pas, oui je ne comprends pas, qu’elles ne soient pas plus offensives, incisives en de domaine. De mon temps, pour jouer un peu les anciens combattants, on appelait ça mener « la bataille des idées ». Ce matin, veille donc du 22 mars, j’ai surfé sur TV et radios. Un festival des poisons ! Les fonctionnaires : ils ont la sécurité de l’emploi, ne se tuent pas au boulot et osent se foutre en grève pour maintenir des acquis qui coûtent chers et pèsent sur le remboursement de notre dette. La grève des cheminots : des salariés « privilégiés » qui vont pénaliser et rendre la vie impossible à d’autres salariés. Quand vous pensez que les personnels administratifs de la SNCF ont grâce au statut les mêmes avantages que les vrais cheminots, s’exclamait horrifié un journaliste de BFMTV ! Dans tout ce que j’ai entendu ce matin, ce fut le top ! La grève des enseignants : nos chères têtes blondes ( ou brunes ! ) qui risquent de ne pas manger à midi et des parents contraints à prendre une RTT ou solliciter papis et mamies pour les garder. Le quotient familial : un rapport de parlementaires macroniens ( sûrement en mission commandée..) propose de le supprimer et de le remplacer par une allocation aux familles les plus nécessiteuses. En décodé : on fout en l’air la politique familiale qui est pour beaucoup dans notre bon taux de natalité, on prend ce pognon aux couches moyennes pour le donner à une partie des plus démunis, et au passage on enfonce le clou pour préparer les esprits à la suppression du quotient familial pour le calcul de l’impôt sur le revenu ! La suppression de la majoration de la CSG pour certains retraités : ces chers médias donnent bien le chiffre de 100 000 ( ceux qui se trouvent aux marges de la réforme ) mais peu, très peu, précisent qu’il s’agit de 100 000 sur 7 500 000 retraités concernés par la ponction supplémentaire de la CSG ! Donc des veinards de retraités eux exonérés, vont penser les autres ! Et comme si ce n’était pas suffisant pour la matinée, une radio a remis ça sur le renforcement des contrôles et sanctions sur ces fainéants de chômeurs. Comme Napoléon III avait institué un livret de travail pour contrôler alors les ouvriers, le gouvernement va créer un livret pour contrôler tous les actes des chômeurs. Rien de neuf au royaume de l’autoritarisme à l’encontre du monde du travail ! J’écris avec une forme de salutaire dérision pour ne pas crier ma colère et tout autant ma frustration militante face à l’âge qui vous oblige à ralentir la cadence. Le laminoir fonctionne à plein régime pour niveler par le bas tout le monde. Aussi bien les acquis sociaux que le contenu des cerveaux. Je me demande de plus en plus si les gens « visualisent » ce qui les attend concrètement, si ne se lève pas le vent de la révolte sociale. L’opinion publique, surtout lorsqu’il s’agit d’enjeux aussi décisifs que les services publics et notre modèle social, jouera vraisemblablement les arbitres. Encore faut-il la convaincre en diffusant les contre-poisons de l’unité, de la solidarité, des améliorations de la situation du plus grand nombre et porter le fer dans les arguments les dettes, les bienfaits de la concurrence, etc. Il n’est plus juste de considérer que les réformes de Macron sur le champ social relèvent de la responsabilité première des syndicats. Nous ne sommes plus dans une période de rapports sociaux classiques. Surtout avec un syndicalisme français très affaibli. Nous sommes au bord du gouffre. Le sursaut vital nécessaire appelle l’engagement ensemble, chacun avec sa spécificité, de toutes les forces politiques, syndicales et associatives qui ne veulent pas de cette société où tout le monde va se déchirer, pour le triomphe des forces de l’argent. On ne leur demande pas d’être d’accord sur tout mais de prendre leurs responsabilités face à ce désastre annoncé. Le « diviser pour régner » n’a jamais atteint un tel niveau de mise en œuvre depuis les sombres années du pétainisme. C’est d’un nouveau CNR ( Conseil National de la Résistance ), certes dans les réalités et les formes d’aujourd’hui, dont nous avons besoin.

jeudi 15 mars 2018

Retraités ... pour notre dignité.

Je vais à la manif à Blois cet après-midi avec des sentiments qui me rappellent mes participations aux manifestations de ma jeunesse. C’est à dire que je sens déterminée même si mes genoux vont souffrir cet après-midi ! Que suis en colère face à tout ce qui déferle sur le monde du travail. Que je suis révoltée devant le piétinement de la dignité des retraités. Car, c’est bien ce dont il s’agit et que ressentent si profondément les retraités. Nous en causions encore ce matin, dans les vestiaires, avec mes collègues de l’aquagym. Ce n’est vraiment pas un milieu politisé qui serait peuplé d’anciens soixante-huitards ! Mais tous disent la même chose. La génération qui aujourd’hui est dans le « grand âge », est celle qui a contribué aux Trente Glorieuses, au redressement et développement du pays. La génération du baby-boom, à la retraite depuis une dizaine d’années, avec ses aînés, a alimenté plein pot les régimes sociaux de santé, de retraites, d’allocations familiales. Elles ont adhéré à la conception progressiste française de « la répartition » qui solidarise les générations. Aujourd’hui, c’est toi qui en profite. Demain, ce sera moi. Elles ont par leur travail nourri les profits, les spéculations, les dividendes des entreprises et des actionnaires. Et aujourd’hui, on les traite de génération dorée, privilégiée, qui devrait considérer normal d’être dépouillée. Je laisse de côté la petite minorité qui s’en sortira toujours. L’angoisse monte chez les retraités. Pire, c’est une vraie souffrance. Comment vivre dignement avec des revenus réduits et toujours à la baisse. Lors de la collecte alimentaire le week-end dernier, les responsables des Restos du Cœur pointaient l’augmentation incessante du nombre de retraités. Comment vivre sereinement en se demandant comment on pourra payer une place en EPHAD, sans parler de deux pour finir sa vie avec son compagnon. Le Conseil départemental se dédommageant sur vos maigres biens s’il a dû mettre la main à la poche. Ne pas être sûr de transmettre sa maison à ses enfants, payée par le travail d’une vie. Un déchirement. Comment ne pas avoir des insomnies en se disant que si ça continue comme ça, on ne pourra plus se soigner et que tous ces rapaces de capitalistes et les politicards qui les soutiennent, estiment que comme on est vieux, il est inutile de nous faire durer trop longtemps. Nous coûtons trop cher, sans retour sur investissement ! Qu’on trépasse un ou deux ans avant ou après, quelle importance ! Et comment pouvoir continuer à aider, pour ceux qui le peuvent encore, enfants et petits enfants pour leur permettre de boucler le mois ou payer les impôts ! ..... Je rentre de la manif. C’est la première fois qu’il y avait autant de retraités. Car d’habitude nos manifs de retraités sont assez intimistes et silencieuses dans notre sage ville de Blois. Mais au-delà du nombre, c’était l’ambiance qui en disait long sur l’état d’esprit. On sentait, comme chez moi, la colère sourdre devant ces injustices et ces mépris. Des personnels CGT des EPHAD en grève s’étaient joints à la manif. Tout un symbole qui leur valut pour leur action, pour eux et pour nous, une belle ovation. Ils diffusaient des chants de lutte. Lorsque les sons et paroles de l’Internationale se sont faits entendre, les têtes blanches de nombre de cégétistes se sont mis à chanter à l’unisson, avec force et conviction, ce chant si lourd de sens pour nos générations. Un moment d’émotion que je n’avais pas ressenti depuis longtemps : la solidarité militante. C’était aussi une manière de faire savoir au « Président des riches », expression fort utilisée dans la manif, que les papis et les mamies peuvent encore reprendre du service ... dans la rue.

lundi 12 mars 2018

MAYOTTE : INSÉCURITÉ ...CHERCHEZ LA MISÈRE !

Mayotte ....combien de nos concitoyens métropolitains savent où se trouve Mayotte et seraient en état de donner le nom du chef lieu de ce département français depuis 2009 ? Mayotte achetée par la France en 1841, incluse dans l’Archipel des Comores, érigé en colonie en 1946 et qui choisit en 1974 de rester française alors que le reste de l’Archipel optait pour l’Indépendance. Et depuis 2014, elle a le statut dans l’Union Européenne, de « région ultra périphérique » ( je suis admirative du vocabulaire de Bruxelles pour vous faire prendre des vessies pour des lanternes ) Après les mouvements sociaux d’envergure en Guadeloupe, il y a peu d’années, ceux de Guyane plus récemment, c’est au tour de Mayotte de vivre depuis trois semaines un mouvement social qui mérite attention. Ces mouvements ont des ingrédients et caractéristiques semblables. Ils sont animés par de très larges collectifs qui associent organisations structurées, en premier lieu les syndicats, et des groupes de citoyens ou des citoyens individuels. C’est dire s’ils reflètent la diversité des milieux sociaux, la communauté de leurs revendications et aspirations et un rapport de forces en conséquence. Ils mettent en avant l’insécurité qui prend des proportions et des formes qui ne sauraient être minorées. Et cela dans un contexte d’une immigration clandestine grandissante venant des autres îles des Comores. Ce phénomène de pompe aspirante des DOM français sur des voisins plus pauvres qu’eux n’est pas un phénomène nouveau. Je me souviens lors de mon premier séjour en Guyane en 1972 de l’afflux de clandestins du Surinam et du Brésil que les patrons embauchaient sur une place, tous les matins pour la journée , pour une bouchée de pain ! Et déjà les réactions que cela suscitait chez les Guyanais. Aussi, voilà Mayotte devenant un sujet d’Audimat. Quelle aubaine, de la violence et de l’immigration clandestine ! Et le bordel social. Tremblez, braves gens. Voilà ce qui vous attend ! Mais le brasier alimentant l’insécurité sur l’île est présent depuis longtemps. Il s’alimente aux braises des misères. Mayotte est le département le plus pauvre de France. Elle n’a pas encore amorcé l’évolution régulatrice de la fécondité, ce qui revêt toujours une dimension culturelle et économique. 84 % de la population est en deçà du seuil de pauvreté ! Oui, 84% ! Le chômage approche les 30 %. Le manque de classes, d’équipements sociaux, de services publics, exaspère la population. Arrêtons là l’énumération des brillants résultats de la départementalisation. La France n’a pas à être fière et filer des leçons à tant d’autres pays ! Tous les gouvernements depuis 1946 sont responsables. Ils ne jouaient pas leur élection sur le sort de Mayotte l’inconnue. A en juger par les premiers propos de la Ministre des Outre-Mer, on peut s’interroger sur ce que va faire le gouvernement. Ça débute par une démarche « technocratique » comme d’habitude. La Ministre propose : une méthode, un calendrier, un travail de fond... ! Comme si les problèmes n’étaient pas identifiés. La population veut des décisions politiques et des sous ! On causera technique et dossiers après. Mais je parie que dès aujourd’hui, on va annoncer l’arrivée de forces de police supplémentaires. Je pense que nos concitoyens devraient être attentifs à la situation à Mayotte. Car, la destruction économique et sociale en cours, ici sur le territoire métropolitain, nous rapproche lentement mais sûrement vers une situation de pays, hier dit en voie de développement et de nouveau aujourd’hui, redevenus sous-développés. Ayons en tête, le récent texte publié par les sommités des médecins anglais, déclarant que l’état du système public de santé britannique avait atteint un tel seuil de dégradation qu’il était devenu celui, précisément, d’un pays sous-développé. Merci aux politiques libérales. Grâce à Madame Tatcher, nos amis anglais ont pris un peu d’avance sur nous. Soyons solidaires des populations de Mayotte mais aussi de toutes les victimes de la pauvreté, condamnées à fuir pour espérer survivre.

samedi 10 mars 2018

8 MARS : L’APRÈS 68 : 3 / LES FEMMES FONCTIONNAIRES : LE DROIT À LA RÉVERSION DE LEUR RETRAITE.

Rassurez-vous, je vous épargnerai une étude exhaustive sur le sujet ! Le dossier des retraites, notamment celui des évolutions des systèmes de réversion et la constitution des droits dits propres ou dérivés se transforme vite en un redoutable maquis juridique qui peut, au travers du prisme de la technique, cacher les enjeux essentiels ! Il y a plein de sites qui regorgent d’études historiques sur les régimes de retraite mais, attention, beaucoup sont à lire à partir de vos repères et convictions sur le sujet.

UNE REVENDICATION BOOSTÉE PAR MAI 1968 :

Ce n’est pas le hasard si c’est en 1971 que les lois Boulin vont apporter des améliorations aux petites retraites notamment des veuves. Et c’est une des dimensions de 1968 qu’on ne souligne pas assez : la sensibilisation sur les retraites. A cela, bien des raisons. Le développement industriel de la France durant les trente glorieuses et son organisation fordienne grandissante dans les entreprises faisaient ressentir de plus en plus les questions de la pénibilité du travail Le taux d’activité des hommes, et comme je souligne souvent, celui des femmes ne cessait de croître. L’aspiration à profiter de sa retraite et en bonne condition physique posait d’une part une réduction de l’âge requis et d’autre part un montant amélioré. Les bouleversements du statut des familles va nécessiter de les prendre en compte. En quelques décennies on est passé d’un modèle dominant, les couples mariés, à une pluralité de situations marquée par les divorces. La décennie 70 va connaître une série de modifications de la législation relative aux droits à pension des femmes et à la réversion.

UNE TRADUCTION DE LA FÉMINISATION DE LA FONCTION PUBLIQUE :

Dans la Fonction Publique monte chez les femmes une revendication massivement approuvée. La plus populaire des revendications concernant les femmes à cette époque car elle va unifier toutes les tranches d’âge et toutes les catégories, notamment les cadres. Nous réclamions la réversion de notre retraite sur notre conjoint survivant. Les femmes de fonctionnaires avaient été les premières à bénéficier d’une forme de pension de réversion lorsque leur mari décédait .... dès le milieu du XIX siècle. L’Etat s’estimait responsable de leur assurer de quoi survivre ( coucou, Macron, tu savais ça ? ). Puis, le principe de la réversion dans le sens homme vers femme avait peu à peu était étendu au secteur privé. Le travail massif et permanent des femmes qui accédaient lentement mais sûrement à tous les niveaux de la hiérarchie comme l’énorme féminisation de l’éducation nationale où institutrices et profs du secondaire occupaient des emplois de niveau cadres moyens et supérieurs, avait modifié notre perception de la pension de réversion.

UNE REVENDICATION « IDENTITAIRE » :

En travaillant nous nous étions constitués « des droits propres » à retraite et plus seulement « des droits dérivés » provenant du travail de notre conjoint. Nous trouvions inadmissible, qu’en cas de décès, les efforts de notre vie, notre contribution à la richesse et au fonctionnement du pays, soient passés par pertes et profits ! Une autre dimension s’y greffait qui rencontrera de plus en plus de résonance : nous avions construit une vie à deux, constitué un modeste patrimoine, aussi il n’était pas normal que notre décès ampute sévèrement les ressources du survivant, se trouvant alors en difficulté pour garder la maison et un niveau de vie correct. Enfin, il y avait dans la réversion de notre pension une vraie signification existentielle. Un peu comme si notre existence professionnelle était rayée, niée. Une deuxième mort.

LE GOUVERNEMENT RÉSISTE MAIS DOIT SE RÉSIGNER :

Cette action pour le droit à la réversion des retraites des des femmes fonctionnaires donna lieu à de multiples actions diversifiées. Elle était toujours en bonne place dans les mots d’ordre et les banderoles des manifs, des congrès et réunions syndicales. Elle faisait consensus parmi les syndicats de fonctionnaires même si l’engagement des plus retardataires sur les questions des femmes aurait pu être plus actif. Ne chipotons pas. Le gouvernement ne put sur ce terrain jouer la division comme sur le plan de la politique salariale et les réformes catégorielles. Pourtant, le gouvernement n’était guère enthousiaste sur cette réforme. Il se serait bien volontiers contenter de quelques aménagements. Il avait, comme d’habitude fait ses comptes ! Le secteur le plus féminisé et avec des centaines de milliers de cadres ! La pression du post 68 le contraint pourtant à ce qu’on peut appeler une réforme de portée sociétale, car derrière les aspects de revenus du conjoint survivant, c’était autant ( je pense que c’était plus pour l’avoir tant éprouvé ) la reconnaissance du travail des femmes. Les négociations furent difficiles. Car après avoir dû céder sur le principe, sa stratégie consistera à vouloir limiter les catégories bénéficiaires, il fut mis en échec. La réforme serait de portée générale. Puis, il se concentra sur un plafond indiciaire pour en bénéficier. Rude bataille qui se solda par un compromis correct. Ce plafond écrêtait la fin de carrière des cadres supérieurs. Pour plus de 90 % des femmes fonctionnaires, l’intégralité de leur salaire était donc pris en compte pour le calcul de la réversion. La disposition s’appliquait au conjoint ( il faudra attendre un peu pour la prise en compte du divorce au prorata mais l’union libre et le PACS ne sont toujours pas reconnus ) et aux enfants mineurs. Elle n’était pas soumise à une conditionnalité de ressources du mari. Elle fut appréciée comme une conquête, comme toujours, à améliorer.

ACTER MAI 68 POUR LES FEMMES FONCTIONNAIRES :

J’ai voulu acter ce 8 Mars en faisant revivre ces trois conquêtes sociales des femmes fonctionnaires, résultat des rapports de force de l’après 68, sur fond des mutations de la société. Connaître le passé, ça aide à affronter le présent. Quand j’observe les mutations intervenues ces trente dernières années percutant de plein fouet la situation des femmes, je me dis qu’il y a un sacré espace pour que les nouvelles générations de femmes salariées continuent à bousculer discriminations salariales, plafond de verre dans les carrières, temps partiel imposé et tant d’autres minorations du travail des femmes. Sans oublier tout ce qu’il leur reste à imposer pour une égalité réelle dans la famille et la cité.

vendredi 9 mars 2018

8 MARS : L’APRÈS 68 : 2 ) UNE VICTOIRE POUR LES DROITS DE L’ENFANT ET LA CO-RESPONSABILITÉ DES PARENTS.

« JE SUIS EN ARRÊT MALADIE CAR MON ENFANT A LA ROUGEOLE » :

Cette situation était celle vécue par les mères de famille et théoriquement les pères. Car évidemment dans la Fonction Publique comme ailleurs, c’étaient quasi exclusivement les mères qui gardaient leurs enfants malades. Je me suis donc trouvé dans cette situation lorsque ma fille, née en 1963, avait maladies enfantines et autres petits maux de l’enfance. Le docteur prescrivait un certificat à la mère. La durée de l’arrêt maladie était décompté sur ses droits à congés maladie ! Ce qui me direz vous, était un accommodement communément admis par la hiérarchie, qui était plus favorable qu’une diminution de salaire pour absence. Mais, les jeunes femmes que nous étions vivions de plus en plus mal une pratique que nous jugions tout à fois ridicule et surtout injuste. Elle était particulièrement pénalisante pour les mères de familles nombreuses. Elle réduisait sérieusement les droits restants de celles dont le ou les enfants avaient eu des maladies graves, absorbant l’essentiel des droits de leur mère. Peu à peu, avait donc mûri une revendication sur l’obtention d’un droit à congé pour soigner un enfant malade. Les événements de 1968 et la poussée sur la condition des femmes, allait mettre cette revendication très populaire dans le peloton de tête du programme revendicatif de la CGT.

POUR LA MÈRE OU POUR LES PÈRE ET MÈRE ? :

La direction de l’UGFF avait fait sienne sans problème la position du collectif femmes que j’animais : il faut réclamer ce droit nouveau pour les mères et les pères. D’abord, cela perçait dans mon billet précédent sur l’égalité d’accès aux emplois publics, il y avait une sensibilité peut-être plus affirmée que dans d’autres secteurs, à tout ce qui touche au principe d’égalité en général. Les fonctionnaires doivent traiter les citoyens de manière égale. Nous servons l’intérêt général. Les épreuves des concours sont les mêmes pour les femmes et les hommes. A échelon égal, salaire égal ( réalité qui, à l’inverse, occultera longtemps les discriminations de carrières des femmes fonctionnaires ). Mais chez les femmes, et particulièrement celles du baby-boom, il y avait une prise de conscience sur la maternité considérée comme l’affaire des seules femmes. En réclamant que ce droit à congés soit ouvert aux deux sexes, nous pensions que cela ferait bouger les lignes dans la co-responsabilité du couple pour les soins et l’éducation des enfants. Peu d’entre nous, nous réclamions du féminisme qui avait fleuri en mai-juin 1968. Pourtant, comme Mr. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, notre revendication prenait modestement rang dans l’action pour le partage des taches et contre le poids de l’idéologie qui réduirait vite le rôle des femmes à sa fonction reproductrice !

UN DROIT PROPRE À L’ENFANT :

Sincèrement, nous n’avions pas théorisé cette dimension non négligeable de notre revendication. En coupant, si je peux me permettre cette expression, le cordon ombilical mère-enfant pour le droit à congé, émergeait alors un droit propre à un ou des enfants de fonctionnaires. Un des fondements du droit français sur l’enfant et l’égalité de droits entre enfants, s’en trouvait renforcé. Ce principe qui attachait le niveau des allocations familiales à l’enfant et non aux revenus de ses parents. Au passage, pointons que cet aspect de la politique familiale à la française, concourrait avec les autres dispositions du droit de la famille, à favoriser la natalité chez les femmes en activité. Tous ces acquis qui prennent l’eau en attendant de sombrer, si on les laisse faire !

DISSENSIONS AVEC LE COLLECTIF CONFÉDÉRAL DE LA MAIN D’ŒUVRE FÉMININE ( MOF) :

Je passe pour l’heure sur cette appellation très révélatrice d’une certaine approche de la condition des femmes ! Comme j’étais la seule femme au Secrétariat de l’UGFF, élue en 1970, on m’avait d’office attribué la responsabilité des questions relatives aux femmes. A ce titre, je participais au collectif confédéral MOF dans lequel une quarantaine de dirigeantes des UD et des Fédérations siégeaient. Je ne m’y sentais pas à l’aise. Non seulement les situations et préoccupations du secteur privé y dominaient. Mais c’était souvent le mur des lamentations des incompréhensions et difficultés rencontrées par ces dirigeantes. Ce que je ne sous-estimais pas. Mais, j’ai toujours considéré que la posture de victimisation permanente est contre-productive et que les femmes devaient aussi agir pour s’imposer. Et je le serai plus encore après l’accueil réservé à notre revendication de demander un congé pour les femmes ET les hommes. Soutenue avec enthousiasme par quelques jeunes camarades des UD. Une pensée pour Nicole Reynal de Toulouse. Un tollé de la part des plus chevronnées et écoutées dirigeantes dont certaines se réclamaient d’un féminisme pur et dur ! Il faut quand même que je souligne que la plupart étaient célibataires, divorcées, veuves et que s’ils elles en avaient eu, leurs enfants étaient des adultes. Cela traduisait aussi une réalité : les difficultés longtemps ( et encore) rencontrées par des femmes jeunes, en couple et avec enfants, pour pouvoir militer « comme un homme » ! Nous avons été accusées d’irréalisme syndical : c’était plus atteignable de conquérir un droit d’abord pour les mères, et de l’étendre après aux hommes. Nous avons été taxées de déviance petit bourgeoise en nous illusionnant sur l’engagement des hommes dans l’éducation des enfants. Et je vous en passe. J’étais sortie de cette séance très secouée. Je l’ai toujours gardé en mémoire.

SIX JOURS POUR SOIGNER UN ENFANT À LA MÈRE OU AU PÈRE :

La confédération fonctionne sur la base du principe dit du fédéralisme. Chaque organisation est souveraine dans ses décisions. Notre revendication n’écornait pas les valeurs existentielles de la CGT ! Et le syndicalisme des fonctionnaires, pour des tas de raisons, avait de solides traditions d’indépendance. Nous avons donc conservé intacte notre revendication et poursuivi nos actions ... et gagné : une circulaire accordant six jours de congé pour enfant malade à la mère, au père ou à la personne ayant la charge effective de l’enfant. Une percée dans le sens des droits des enfants et d’un plus grand partage entre les hommes et les femmes de leurs responsabilités de parents. Mais, comme tout droit : il faut après créer les conditions de sa mise en œuvre réelle ...par les hommes. Il faudrait y regarder de près, statistiques à l’appui. Mais je crois que ça avance. Depuis, d’autres luttes ont permis d’augmenter le nombre de ces jours.

mercredi 7 mars 2018

8 MARS : L’APRÈS 68 : 1 ) UNE AVANCÉE HISTORIQUE DANS L’ACCÈS DES FEMMES AUX EMPLOIS PUBLICS.

Je me suis dit que je me devais de témoigner sur le combat des femmes dans la Fonction Publique à l’occasion de la célébration du 8 mars. Une journée « des » femmes, comme à son origine, unes et plurielles, unies dans la communauté de la situation faite à leur sexe. Et non de « la » femme, comme on l’appelle maintenant souvent, érigée en concept abstrait et généraliste. Une journée « internationale », car elle née de la solidarité internationale et nous avons urgence à la reconstruire sur les fondamentaux du sort réservé aux femmes et aux hommes par le capitalisme triomphant. On va beaucoup parler pour ce 8 mars des violences sexuelles ou du sort des femmes de la Ghouta en Syrie. J’y adhère. Mais, je souhaite que soient mis au même niveau d’intérêt les conditions du travail des femmes dans le monde et les discriminations qui les frappent. Lucide sur le modeste ( mais fidèle donc encore merci ) lectorat de mon Blog, j’ai demandé à Armand d’héberger ce texte sur son Facebook. Pour rendre ainsi plus largement hommage à mes camarades femmes et hommes qui menèrent avec moi ces combats de jeunesse. Aussi, je rédigerai 3 ou 4 billets sur les conquêtes des femmes dans la Fonction Publique, après 1968.

UNE FONCTION PUBLIQUE À L’ACCÈS DISCRIMINATOIRE :

Peu de ces jeunes femmes et filles qui regardent toutes ces séries dans lesquelles nombre de femmes sont policières, gendarmes, militaires, imagineraient qu’encore au début des années 1970, elles n’auraient pas eu le droit d’accéder à ces emplois publics et bien d’autres. Nombre de corps de fonctionnaires leur étaient en effet interdits. Tous ceux considérés dangereux ou nécessitant de la force ou de l’endurance physique : armées, police, douanes, la répression des fraudes, etc. Dans ces secteurs, les femmes étaient déjà massivement présentes dans les emplois administratifs, sur la base des stéréotypes sur les métiers et fonctions réputées «féminins ». Toux ceux nécessitant un travail de nuit sur la base de l’application aux services publics de l’interdiction du travail de nuit des femmes mais tout autant sur les conceptions sur le rôle des femmes qui doivent être plutôt au foyer la nuit à s’occuper de mari et enfants. Ainsi, dans certains corps techniques, comme la Météo, qui évidemment doit fonctionner 24h/24h, les femmes se trouvaient cantonnées dans les emplois des catégories les plus modestes (D et C) et les hommes occupaient les emplois spécialisés supérieurs (B et À) car travaillant la nuit. Seuls échappaient à cette dichotomie temporelle, les emplois de la santé car il faut bien soigner les malades la nuit et la quasi totale féminisation de ces emplois n’interpellait personne car là encore, le symbole immémorial de la femme soignant et soulageant les souffrances était bien ancré. Il faut avoir à l’esprit que les horreurs des guerres et notamment les deux dernières, mais surtout celle 14-18, avaient contribué au renforcement de ces stéréotypes et que si les femmes avaient alors occupé des emplois masculins, en remplaçant les hommes pour fabriquer bombes et cartouches, cela devait être une douloureuse parenthèse, à vite refermer. Enfin, il y avait les emplois sexués en fonction des publics : administration pénitentiaire, professeurs de gymnastique. Une catégorie d’emplois plus complexe qui allait nécessiter un examen cas par cas pour apprécier si la sexualisation était fondée ou résultat de préjugés.

LA RENCONTRE DES ASPIRATIONS DES FEMMES ET LES MUTATIONS DE LA SOCIÉTÉ :

L’avancée que je vais vous relater s’inscrit dans l’après 1968, dans les aspirations à la reconnaissance des droits des femmes et contre les dominations masculines, symbolisées, entre autres, par les dispositions toujours en vigueur du Code Civil napoléonien. Des brèches venaient d’être ouvertes : 1965, le droit d’avoir un code en banque propre ; 1967, la loi Neuwirth sur la contraception. La plupart des organisations syndicales et partis étaient traversés par ces aspirations. J’ai parlé dans mon billet d’hommage à Simone Veil du collectif très large qui s’était créé et qui multiplia dans ces années là les initiatives. J’y représentais la CGT. Les exigences des femmes à la reconnaissance professionnelle traduisait aussi dans la Fonction Publique les mutations intervenues depuis les années 1950. L’accès massif des filles à l’enseignement secondaire. Puis, leur nombre en hausse incessante dans l’enseignement supérieur. Même si leur présence était encore minoritaire dans les formations scientifiques et techniques. Le développement des services publics dans les Trente Glorieuses va jouer le rôle de véritable pompe aspirante pour l’emploi féminin dans les emplois estimés correspondants à leur profil : fonctions de bureau, santé, éducation. Ces femmes vont rajeunir la moyenne d’âge des fonctionnaires et, bien plus diplômées, rehausser la moyenne du niveau de formation dans l’emploi public. Elles vont exprimer des sensibilités pour de meilleures conditions de travail. Les percées des femmes, à partir de la fin des années 1960, dans les emplois de cadres moyens et supérieurs, vont s’accentuer. C’est ce cumul entre féminisation et mutations de la Fonction Publique d’une part et d’autre part brassage des idées de mai-juin 1968 qui vont structurer une lutte victorieuse sur l’ouverture des concours encore fermés aux femmes et d’autres avancées auxquelles seront consacrées mes prochains billets.

DANS LA CGT : LA PREMIÈRE PHASE DE CE COMBAT.

Il fallait effectivement d’abord convaincre en interne et faire de cet accès non discriminatoire à l’emploi public une position de l’organisation. Plus : un engagement concrétisé par des initiatives, par de la continuité car il va s’étaler sur plusieurs années. Je dois à la vérité de dire que, si ce furent de jeunes femmes et hommes ( oui, à souligner car ces convergences pesèrent positivement ) qui furent aux avant-poste d’une action qui pour eux « allait de soi », nombre de dirigeants hommes plus âgés partageaient ce souci égalitaire. Une pensée au rôle de René Bidouze. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce n’est pas toujours les dirigeantes femmes, certes très minoritaires, qui manifestèrent de l’enthousiasme ! Mes camarades et moi ne rencontrèrent donc pas d’oppositions marquées et l’ouverture aux femmes fut une position claire de l’UGFF et de la plupart de ses organisations. En particulier sur le travail de nuit. Nous considérions qu’il obéissait dans la Fonction Publique au besoin irrépressible de « la continuité du service public » et non à la recherche de la rentabilité à tout prix, comme dans le privé. C’était aux femmes, à qui devaient être données toutes les informations sur les emplois , donc leurs contraintes, de choisir et non à la loi de décider à leur place ce qui leur était permis ou interdit parce que femme ! Les choses furent un peu plus compliquées parfois avec les adhérents qui se disaient certes tous d’accord sur le principe mais s’interrogeaient sur sa mise en œuvre en débitant tous les poncifs sur les difficultés qui attendaient ces pauvres femmes devenues policières, douanières, etc ! Le pire, c’est qu’ils étaient sincères ! Ainsi, la direction de la Fédération CGT de la Police, elle convaincue, rencontrait des résistances parmi ses troupes. Elle me demande alors de participer à leur Congrès pour en débattre. Ce fut effectivement un débat chaud ! Les dernières salves des opposants portaient sur la faiblesse physique des femmes ! J’entends, comme si j’y étais, un jeune dirigeant de la Fédération, Pascal Martini, objecter excédé, à ces opposants «  Arrêtez de déconner ; quand on amène aux urgences un type bien costaud, en crise de folie ou d’éthylisme, nous flics on a du mal à y faire face. Qui arrivent à les maîtriser ? Les infirmières, oui des femmes ! » ...une ovation suivit et le congrès vota à une très large majorité pour qu’il y ait des femmes policières !

1974 : GISCARD CONTRAINT DE FAIRE DES CONCESSIONS SUR LES DROITS DES FEMMES.

Sur bien des aspects, la situation retardataire de la France devenait intenable et injustifiable, alors que nous nous affirmions comme un des pays européens au taux d’activité très élevé des femmes et avec, corrélativement, un taux de natalité, tout aussi élevé. Françoise Giroud entra au gouvernement avec un ministère spécifique aux femmes. Dans la Fonction Publique, la CGT s’activait sur ces dossiers dans les ministères concernés et au niveau de la Fonction où la concertation comme on dit, s’était ouverte. La méthode est toujours la même ( Macron n’a rien inventé ). Des réunions avec chaque organisation syndicale pour connaître et approfondir les positions de chacun ( surtout pour tester les points de division ). Des réunions communes pour trouver soit un consensus s’il est possible, soit une majorité suffisante. Sur ce dossier, les choses étaient simplifiées car le gouvernement était décidé à avancer. Heureusement pour nous, car et je le dis en conscience, les autres syndicats traînaient les pieds . Ils ne pouvaient s’opposer à l’accès des femmes à ces emplois sauf à se mettre à contre courant, mais leur attitude était un mélange d’indifférence et de suspicion. La CFDT était la plus proche de nous mais se passionnait plus à l’époque pour les droits personnels que les droits professionnels des femmes. La CGT, je le dis sans forfanterie mais parce qu’il faut toujours rendre à César ce qui est à César, à joué de A à Z, un rôle moteur.

LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA FONCTION PUBLIQUE : LA « DERNIÈRE SÉANCE ».

S’agissant de corps de la Fonction Publique, il convenait de procéder à des modifications statutaires relevant de la compétence du Conseil Supérieur de la Fonction Publique. Jacques Dominati était ministre. J’ai rarement connu un type exerçant des responsabilités ministérielles aussi peu avenant. Il avait de toute évidence une haute opinion de sa personne. Et, ce ne sera pas un scoop, si je vous confie, qu’il manifestait une aversion affichée pour la CGT. Et, il supportait difficilement la jeune femme dirigeante que j’étais qui ne se laissait pas impressionner ! Le CSFP se réunit enfin pour examiner ces textes. L’accord politique était, comme expliqué ci-dessus, intervenu en amont. Donc l’issue du scrutin devait être sans surprise. Il le fut mais cette «  dernière séance » connut un débat peu habituel dans ce cénacle polissé. Les représentants du Ministère des Armées, celui de l’Intérieur, et à un moindre degré, celui des Finances se bâtirent comme des chiens pour faire reporter les textes les concernant. Leur anti-féminisme les conduisait à outrepasser la règle de la discipline au sein de la parité administrative quand le gouvernement a pris une décision. Que de propos aberrants entendus ! Des femmes exerçant le contrôle des prix ? Elles se feraient poignarder par un boucher furieux. Des femmes douanières ? Elles seraient victimes d’agressions sexuelles par leurs collègues, la nuit en patrouille, pendant les surveillances. Des femmes militaires ? Cela porterait atteinte au prestige international de la France. Les propos sur les douanières m’avaient fait « tourner le sang ». J’avais vertement rétorqué au Directeur des Personnels des Finances ( je le revois, un maigre à lunettes tout pâlichon ) « Vous n’avez pas envisagé l’hypothèse où ce soient les femmes qui s’envoient leurs collègues hommes ? ». Dominati est devenu rouge pivoine et a stoppé net le débat. Il a fait immédiatement procéder au vote ... unanimité moins les abstentions des trois irréductibles.

La mise en œuvre va s’étaler sur plusieurs années. Et demeurait le principe insatisfaisant qui avait été maintenu dans le Statut conditionnant le principe d’égalité d’accès entre les hommes et les femmes aux « conditions d’exercice » des fonctions considérées. Il faudra attendre le post 1981 pour de nouvelles avancées sur ce plan. Mais c’est une autre histoire. Cet acquis de l’après 1968 a accéléré et étendu la féminisation, en désenclavant les femmes des emplois dits administratifs et des catégories d’exécution. Et quel inoubliable souvenir militant !

lundi 5 mars 2018

Italie : « Che bordello ! » ....peut-être, mais à prendre très au sérieux.

Ce « Che bordello » est un titre de la presse italienne de ce matin. Gardon-nous d’y voir un résultat électoral traduisant la culture et les comportements que nous français, qui nous voulons héritiers de la raison et du cartésianisme, attribuons facilement à nos amis transalpins. Le résultat des élections italiennes n’est certes pas une divine surprise. C’était un désastre annoncé. Une gauche alternative infinitésimale. Le parti de Renzi, jumeau de En Marche, à la dérive. Et ce sont des partis réactionnaires ou carrément fascisants ( 5 Étoiles, Forza Italia, la Ligue du Nord ) qui pour une majorité d’Italiens, qui par ailleurs ont massivement voté, représentent le changement ! Ainsi, se vérifie une fois de plus que quand des forces politiques ( Parti de Matteo Renzi, ex socialistes, ex communistes) mettent en œuvre des politiques libérales, impulsées par l’UE, ça finit dans la mises en selle de partis qui eux vont achever la besogne de remise en cause des acquis sociaux et des libertés démocratiques. Il ne suffit donc pas d’être jeune et avoir une gueule sympa à la Rastignac et de se gargariser de modernité ! La peopleisation de la vie publique à ses limites. Comme le dit le proverbe breton qu’aimait citer mon grand-père : « L’amour de dure pas longtemps quand on danse devant le buffet vide » ! Ce qui se passe en Italie renforce le camp des forces les plus conservatrices en Europe, particulièrement les gouvernements actuels de plusieurs ex-pays socialistes. Elle file un sacré coup de pouce aux positions racistes, xénophobes, anti-migrants. Elle pose de manière exacerbée l’urgence de régler des situations devenues intolérables pour la population, comme en Italie, la propreté des villes, le chômage des jeunes, les transports, etc. Cette désespérance sociale risque de déboucher sur le recours, une nouvelle fois, dans son histoire à un pouvoir fort, un pouvoir réputé capable de résoudre, au besoin par la force, ces situations. Avez-vous vu à la TV, ce reportage sur ces dizaines et dizaines de milliers de jeunes italiens qui font le tour de l’Italie pour se présenter en masse aux concours publics, même pour une poignée de places. Des transports spéciaux low-cost en bus se sont créés pour ce nouveau « marché » ! Au moment où chez nous, le pouvoir s’apprête à zigouiller le statut des cheminots, puis celui de la Fonction Publique, avoir un vrai job à temps plein et permanent, est bien une aspiration des jeunes pour vivre leur vie ! Mais ceci explique aussi le vote italien. L’Italie est une nation jeune : 150 ans. Elle a connu le fascisme au pouvoir pendant plus de 20 ans. Elle a des lettres de noblesse acquises dans la lutte antifasciste avec un PCI sorti très renforcé de la guerre mais qui n’a pas pris lui aussi les dimensions des luttes de classe d’aujourd’hui. Je n’en rajoute pas. Nous arrivons à un tel degré de chocs des contradictions entre diktats du capital et besoins sociaux au sens large, que le risque est de plus en plus proche d’assister au retour ou à l’arrivée dans dans nos pays, de gouvernements fascistes, même repeints aux couleurs des thèmes porteurs du moment : le jeunisme, la défense de la planète, l’anti-élitisme, la base contre les appareils, etc. La situation italienne confirme, si besoin était, que la question de l’Europe est pour, l’essentiel, la clé de voûte de ces devenirs. Ce qui me préoccupe, moi petite-fille d’émigrés italiens, c’est le racisme qui gagne l’Italie. Il est vrai qu’elle n’était pas, comme la France, une terre d’immigration mais d’émigration. Il est tout aussi vrai qu’un fossé existait entre le Nord et le Sud et que les migrations internes vers le Nord ne furent pas toujours bien vécues. Déjà, Siciliens, Napolitains, Calabrais et autres étaient accusés de bénéficier de trop de crédits publics ! Mais l’Italie ne fut pas terre d’antisémitisme ni de rejet d’autres civilisations ou religions. L’afflux massif des migrants et réfugiés de Méditerranée, sur fond de reculs sociaux et de chômage, a changé la donne. Il y a vraiment un boulot titanesque d’explication, de conviction, de propositions concrètes à construire pour solidariser nos luttes en France ( et ailleurs ) et celles pour que des populations ne soient plus condamnées à un exil pour espérer survivre. Divisions entre salariés et catégories sociales dans un pays et divisions entre peuples s’auto-nourrissent. Et renvoient à ma question récurrente : forces alternatives françaises, on arrête de se regarder le nombril et on prend, dans les plus larges convergences, à bras le corps ces enjeux qui ne peuvent plus guère être différés.

samedi 3 mars 2018

La Résistance : l’inaltérable parfum de l’anticommunisme.

J’avais depuis un an levé le pied de mes recherches sur la Résistance dans notre Vallée du Cher, pour terminer d’autres recherches qui traînaient. Et je dois dire que m’étant immergée pendant des mois et des mois dans ce qui fut une des plus tragiques périodes de notre histoire, j’avais besoin de prendre du recul. Quand vous commencez à faire des cauchemars sur les camps de concentration, il faut savoir sursoir un peu ! Pour ce premier train de recherches, j’avais surtout lu à peu près tout ce qui s’est écrit sur le Loir et Cher et déjà dépouillé pas mal de dossiers aux Archives Départementales. Et privilégié plutôt la lecture de livres, genre mémoires, des uns ou des autres. Connaissant un peu la musique, comme on dit, je ne m’étais pas ingurgité beaucoup d’ouvrages généraux sur cette période, sachant les partis pris de nombre d’historiens. Et une vision généraliste de la Résistance n’était pas mon approche puisque, à l’inverse, ce qui me motivait était de reconstituer ce qui s’était réellement passé en bas, au quotidien, dans nos communes, sans prédéterminer mon esprit avec des stéréotypes construits après la Libération. Je m’apprête à reprendre mes recherches sur les mouvements et réseaux de que l’on a appelé la Loire-Sud ainsi qu’étudier de plus près la répression à l’encontre de ceux et celles qui franchirent ou tentèrent de franchir la ligne de démarcation entre Noyers/Thésée et Montrichard/Chissay. Tombant l’autre jour dans une librairie sur le format de poche ( au diable l’avarice ! ) de « L’histoire de la Résistance » (2013) de Olivier Wievorka, je me suis laissée aller à l’acheter et à le lire de À à Z. Ce livre m’a indisposée. Il m’a mise mal à l’aise. Scientifiquement parlant, il est très documenté et fort bien écrit. Mais en l’achevant, je me disais que nombre de résistants ne se seraient pas sacrifiés ou des citoyens lambda pris tant de risques, s’ils avaient lu ce bouquin. Malgré une permanente et prudente rhétorique du « balancier », sur les différents enjeux de la Résistance, construite sur « certes ce qu’ils ont fait à joué un rôle .... mais pas si important que ça », le fil conducteur du livre, consiste à minorer la contribution de la Résistance dans le contexte draconien et du régime de Vichy et de l’Occupation. C’est ce que j’ai vraiment ressenti. De même, l’auteur considère la contribution de la population comme minime dans ses actes de protestation et de résistance. J’ai interviewé près de 140 « anciens » locaux ou leurs enfants sur cette période. Pour distribuer bons et mauvais points tant d’années après, encore faut-il avoir à l’esprit ( et au cœur ) les conditions vécues par les populations, leur degré de désespérance. Dans l’analyse d’Olivier Wievorka , qui se veut non manichéenne et équilibrée, il y a une constante : le PCF n’est entré en Résistance qu’après l’invasion de l’URSS par le Reich donc en juin 1942, il a roulé plus pour lui que pour la Résistance et il a magnifié son rôle, symbolisé dans l’image du « parti des 75000 fusillés ». Archives aujourd’hui connues, il est difficilement contestable que le PCF a maintenu au début, au niveau de sa direction et d’une partie de son appareil, une analyse qui caractérisait la guerre comme un affrontement inter-impérialiste (donc ce n’est pas notre affaire) et non pas une lutte contre un fascisme destructeur des libertés fondamentales et des nations ( donc appelant la lutte unie patriotique ). Mais en fut-il ainsi en bas, parmi les sympathisants, adhérents et militants ? D’autant que ceux-ci étaient privés, dès l’automne, d’informations : le parti dissous, ses dirigeants passés beaucoup dans la clandestinité, des milliers de communistes arrêtés ou en résidence administrative et plus de presse. Les communistes ou réputés tels sommés de condamner le Pacte Germano Soviétique, sous peine d’être chassés des syndicats, associations, etc. Ce que j’ai observé au travers de mes recherches, c’est que les militants du PCF ne sont pas restés l’arme au pied. Bien au contraire. Ils ont agi dès les premières semaines après la défaite. Ils vont organiser les premières formes de « résistance », celle que le bouquin de Wievorka sous-estime tant et méprise presque : répertorier les gens sur qui on peut compter, écrire et distribuer des tracts, faire passer la ligne de démarcation, organiser des réunions clandestines, imaginer de multiples formes pour compliquer la vie de l’occupant, organiser l’action revendicative et les actions de protestation sur les prix, les pénuries, tisser des solidarités. Ils ne furent pas les seuls. Dans ma zone, il faut souligner ce type d’engagement rapide de croyants dans la mouvance d’organisations catholiques comme de membres et sympathisants de la SFIO et de la franc-maçonnerie. C’est ce travail de fourmi des années 40-41, qui fécondera les phases plus organisées de la Résistance, notamment de la Résistance combattante dans laquelle les communistes furent particulièrement actifs en Loir et Cher. Pourtant, comme presque partout ailleurs, de Gaulle et les Alliés refuseront de leur donner des armes jusqu’au moment proche de la libération nationale. Au cas où ils tenteraient un Octobre version française ! Tous les témoignages recueillis vont dans le même sens : c’est avant tout pour leur patrie, les idéaux de 89, les conquêtes du Front Populaire, que luttaient ces communistes de base. Ils admiraient l’URSS et vraisemblablement Staline, mais ce qui les faisaient agir, c’était foutre les Boches dehors, en finir avec le régime des traîtres de Vichy et plus tard, mettre en œuvre le programme du CNR, pour une France de progrès social. Les communistes ou réputés tels constitueront la plus importante partie de la répression nazie et de Vichy. L’URSS et les pays dits socialistes se sont écroulés, depuis trente ans. Le PCF n’est plus que l’ombre portée de ce qu’il fût. Mais l’inaltérable parfum de l’anticommunisme lui perdure. Notamment dans des domaines qui touchent la nation, la patrie, le dépassement de soi, le sacrifice ultime, la solidarité internationale. Parce que ce parfum est celui d’idées immortelles. L’histoire de la Résistance de Wievorka, il s’en défendrait bien évidemment, s’inscrit hélas, dans cette continuité.

jeudi 1 mars 2018

L’imaginaire collectif et Mélenchon.

Je déserte un peu mon blog car je prépare une prochaine conférence. Donc le grand jeu : texte à rédiger pour publier sur le site, PowerPoint pour permettre au public de suivre ( et servant de support pour ma mémoire ! ), choix des illustrations. Je suis plongée à travers un personnage hors du commun dans l’affaire des « possédées » d’Auxonne en 1658-62. Défilent donc la Contre Réforme et le parti dévot, les séquelles des guerres de religion, les guerres de conquête de la Franche-Comté et je vous en passe. J’adore me saisir d’un sujet ou personnage qui n’intéresse personne et de l’étudier en le resituant dans les données générales dont il est la résultante locale et/ou individuelle. Mais il est 17 h 30. Vu le temps, je bosse depuis ce matin. J’ai ma dose de moniales en folie et d’exorcistes fou furieux ! J’ai donc tapoté sur Internet sans sujet précis et je suis tombée sur un article du Monde intitulé : « Mélenchon théorise la guerre permanente contre le « parti » médiatique ». Il y est fait état d’une note «que le Monde a pu se procurer » ( donc super prudence ! ) portant compte rendu d’une réunion interne de LFI sur ce sujet. Ce qui a éveillé mon intérêt, c’est une phrase qu’aurait prononcée Mélenchon ( toujours de la prudence ! ), inspirée de Gramsci : «  L’hégémonie culturelle se gagnera par la production d’un imaginaire collectif s’incarnant par des mots et des personnages dans leur manière d’être ». Mes neurones ont été trop malmenés ce jour pour me lancer dans des exégèses gramsciennes ! Mais il y a du vrai dans cette sentence. Le « Messieurs, nous ne sortirons d’ici que par la force des baïonnettes » est indissociable de notre imaginaires sur 1789 comme l’est. : «  L’état, c’est moi », symbolisant monarchie absolue et fastes du Grand Siècle, etc. La question qui immédiatement a surgi dans mon esprit c’est : OK, mais quels mots et quels personnages en ce mois de mars 2018 ? Les gens ? Cette expression ça passe bien dans un meeting mais c’est un peu léger pour en faire un concept identifiant et surtout ça brouille la place de chacun ou de catégories sociales par rapport à l’exploitation capitaliste. Parti médiatique ? Je n’aime pas cette expression. Elle est ambiguë comme l’est parti dévot ( je suis en plein dedans ), parti de l’étranger et autres. Elle dévalorise un peu plus le mot « parti ». Elle a un déplaisant relent complotiste. Elle brouille les cartes en solidarisant contre nature des « victimes » du parti médiatique : Wauquiez, Le Pen, Mélenchon ! La sévérité légitime à exprimer sur le comportement des médias, leurs partis pris, leurs exclusives, ne peut déboucher sur des stratégies de boucs émissaires. Les médias reflètent l’état notre société : comme elle, ils sont gangrenés par l’idéologie libérale ; comme elle, leur niveau intellectuel et culturel est à la baisse ; comme elle, le fric règne en maître. Pour limiter l’impact négatif des médias, il faut reconstruire : esprit critique, pluralité des idées, débats citoyens, appétence pour la chose publique. Et cela m’ amène à la manière d’être des personnages dont parle Mélenchon. Si c’est de lui, son personnage commence à prendre l’eau. Je laisse de côté les traits de sa personnalité et ce qu’il se colporte sur ses comptes de campagne. Et puis le charisme à près de 70 ans, il faut être modeste ! Je pense ici à sa stratégie. Sectaire, méprisante, à la hussarde. Je doute beaucoup que cette stratégie œuvre à « la contribution d’un imaginaire collectif ». A très franchement parler, pour l’instant, je ne vois guère de personnages de cette envergure. Et surtout, nous n’avons pas besoin, suivant la formule consacrée, de sauveur suprême ! Par contre, pourquoi ne pas se saisir de cette belle expression « d’imaginaire collectif » pour en débattre et faire s’exprimer nos concitoyens sur les leviers de notre avenir.

lundi 26 février 2018

A la gauche alternative ... vous attendez quoi pour vous décider à organiser ensemble la riposte ?

Ça me taraude depuis plusieurs jours. Mais après avoir écouté le Premier Ministre annoncer avec un cynisme assumé la mort à terme rapproché du service public ferroviaire et la liquidation du statut des cheminots, j’ai besoin de pousser un coup de gueule. C’est aux composantes de la gauche dite alternative que je l’adresse. Vous attendez quoi pour créer les conditions de la riposte populaire ? Que le libéralisme triomphant de Macron « fasse table rase du passé » ? De notre passé de luttes, d’acquis sociaux, de libertés individuelles et collectives. Tout cela durement conquis, parfois dans les geôles et dans le sang. Que la France soit ramenée à des siècles en arrière ? Et qu’elle finisse diluée dans une Union Européenne, vaste marché dominé par l’Allemagne ? Je ne vous demande surtout pas de retomber dans les errements qui nous ont conduit à l’échec. Ne passez pas des jours, des nuits, à refignoler une resucée de programme commun que toutes les composantes devraient adopter le petit doigt sur la couture du pantalon et qui nourrirait à nouveau illusions, délégation de pouvoir, attentisme, technocratie. De quoi avons-nous besoin ? Que vous appeliez ensemble à des luttes. Les gens se sentent tellement écrasés par ce rouleau compresseur de l’austérité généralisée, qu’ils ont absolument besoin de se sentir encouragés à agir par une démarche unitaire. L’unité fait la force. Plus vrai que jamais. Que vous traciez ensemble des axes et objectifs clairs autour desquels se concrétiseront les revendications des uns et des autres ainsi que les solidarités communes à tous. Nul besoin d’être d’accord à 100% sur tout. Il y a le feu à la maison. C’est ce qui doit être notre boussole. Que vous vous saisissiez de tout ce qui peut rassembler en bas, de manière large et ouverte, non seulement au sein des entreprises mais tout autant dans les quartiers, les villes, les campagnes. Je crois à la portée grandissante pour reconstituer un rapport de force qui pèse, à ces sortes de luttes « concentriques ». Que vous écoutiez comme jamais ce qu’on à dire salariés et populations pour qu’ils se sentent concernés par « la politique ». Même si des fois ça décoiffe. Que vous relanciez de grands débats d’idées sur la place publique pour redonner le goût de discuter, d’exercer conviction et esprit critique. Les futures élections européennes sont une opportune occasion. Les enjeux sont si vitaux, que l’action n’incombe pas aux seuls syndicats. Elle concerne toutes les forces se réclamant d’une transformation sociale. Henri Krasucki disait souvent qu’on ne lutte bien que « les yeux grands ouverts » Ouvrez les vite. Laissez de côté rancœurs du passé et egos d’aujourd’hui. Redonnez donc espoir en réouvrant des voies vers l’avenir.

jeudi 22 février 2018

Fonction Publique : « Mérite » républicain et récupération macronienne !

Le sens permanent, sur la très longue durée, des luttes revendicatives des fonctionnaires, a été de s’opposer au favoritisme et aux systèmes de modulations des rémunérations au sein d’un même corps ou catégorie. Il faut avoir à l’esprit ce fil conducteur quasi « génétique » dans une catégorie sociale si intimement en rapport avec les institutions, les politiques, les élus d’une part et d’autre part, les citoyens, les usagers et les besoins sociaux dans tous les domaines. Ce repère existentiel permet aussi de mesurer la signification et la portée de deux dispositions du Statut des Fonctionnaires : Celle du recrutement par concours que j’ai déjà abordé plusieurs. Celle de ce qu’on appelle la séparation du grade et de l’emploi. En termes profanes, cela signifie que même si pour telle ou telle raison non professionnellement justifiée, vous ne plaisez pas à votre hiérarchie, vous pourrez avoir une promotion de grade sans pour autant exercer une fonction théoriquement réservée à ce grade. Cette disposition a permis à bien des militants connus pour leurs opinions politiques, syndicales ou associatives non conformes à celles des pouvoirs en place, de ne pas se voir condamnés à demeurer dans leur grade de base ! Il en va de même pour les régimes de primes et indemnités. Elles existent depuis longtemps. Mais au départ, elles ne représentaient qu’une faible part de la rémunération et correspondaient à certaines réalités notamment liées à des contraintes ou pénibilités professionnelles. Les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de vouloir les développer. Tout bénéfice pour eux. Les systèmes indemnitaires échappent aux cotisations pour la retraite. Ils coûtent aussi moins cher que l’augmentation du point d’indice qui concerne tout le monde puisqu’ils sont sélectifs par catégories et individus. Et ils favorisent les rémunérations « à la binette » comme on disait alors ! Ces systèmes, dans certains ministères, avaient pris une telle dimension qu’ils étaient devenus un élément majeur dans le choix des postulants aux concours publics. Mieux valait entrer aux Finances ou au sein d’une Administration Centrale qu’aux Affaires Sociales ou aux Anciens Combattants. Il est intéressant de souligner que les systèmes indemnitaires traduisaient aussi une sorte de hiérarchie des les tâches de l’Etat : les ministères nobles et valorisants, les ministères à vocation sociale, culturelle et autres, de quasi manants ! Le syndicalisme des fonctionnaires, a contrario, n’a eu de cesse lui d’œuvrer pour endiguer ces régimes et les contraindre au maximum pour réduire inégalités et favoritisme. Cette action s’est vigoureusement menée durant des décennies au sein de ce qu’on nomme les Commissions Administratives Paritaires ( CAP ) qui ont compétence pour la gestion des individus au sein des différents corps et les Comités Techniques Paritaires ( CTP ), compétents sur les questions plus générales ( réformes statutaires, réformes institutionnelles, réglementation, etc. ) La lutte s’articulait sur la définition de critères d’attribution des primes, sur des règles instituant des minima et maxima indiciaires pour réduire les différenciation individuelle, sur l’examen des cas apparaissant discriminatoires, etc. Ce genre de travail « obscur » des représentants syndicaux au sein d’instances dont on parle peu, mais travail syndical combien dévoué et efficace ! Mais une des revendications phares, très populaire parmi les personnels, résidait dans la demande d’intégration de ces régimes indemnitaires au sein de la rémunération pour qu’ils soient décomptés dans les droits à retraite. Cette revendication devenait d’autant plus mise en avant que la part des primes et indemnités prenait de plus en plus de place dans la rémunération. Le résultat, c’était de manière mécanique, une sérieuse limitation du niveau des retraites. Elle était si forte que le Ministère des Finances bricola il y a quelques années un ersatz de petite portée sur la prise en compte des primes, dans son ministère, pour la retraite. Dans le même temps, les gouvernements successifs se sont appliqués à affaiblir, rogner, supprimer tous ces garde-fous imposés par le syndicalisme des fonctionnaires. Retour ( notamment dans la Fonction Publique Territoriale ) ou introduction de la fonctionnalité des emplois, à vaste échelle. Mise en place de normes de « productivité », de luttes contre « l’absentéisme », etc pour l’attribution individualisée des régimes indemnitaires. Recrutement massif de non-titulaires, dont le régime indemnitaire peut être différent de celui de son collègue fonctionnaire faisant le même boulot. Et bien d’autres dispositions qui, mises bout à bout, concourent au même objectif : la casse des principes constitutifs du Statut des Fonctionnaires. La stratégie employée est toujours la même : ponctionner le statut peu à peu de sa substance et le transformer en coquille vide que, la main sur le cœur, on proclame vouloir conserver ! Macron part à l’assaut de ce que, contre vents et marées, il subsiste des fondations statutaires de 1946 au nom du « mérite ». Quel cynique détournement d’un principe républicain ! Oui, la Révolution avait affirmé haut et fort que l’accès aux emplois publics devait être fondé sur les principes de valeur et de mérite. C’était le contrepied historique à la vénalité des charges fondées elles sur les fortunes familiales, sur les transmissions héréditaires comme l’étaient aussi les privilèges de la noblesse enracinés dans l’hérédité, le non paiement des impôts et les droits seigneuriaux. C’est contre ces privilèges que valeur et mérite des individus et non des ordres, corporations et autres, ont été proclamés. La suite a démontré que ces beaux principes ont continué à être soumis aux conditions politiques, économiques et sociales de chaque époque, parce que les nouvelles classes sociales de possédants n’entendaient pas perdre leurs nouveaux privilèges ! Pourtant, ces principes ont conservé une résonance positive dans la conscience collective comme un des symboles forts des principes républicains. Macron se livre ainsi à une récupération pour duper l’opinion publique, pour isoler les fonctionnaires et hypothéquer les solidarités entre privé-public si nécessaires et urgentes. L’individualisation maximale des rémunérations de tous les salariés est l’objectif. Pour ce faire, le démantèlement des garanties des secteurs qui en ont encore, est une priorité pour toiser vers le bas tout le monde. Si cette idée prend corps dans la tête des salariés, alors Macron peut se faire du souci.

dimanche 18 février 2018

Resolidariser les salariés.

Plus j’y réfléchis, plus je pense que c’est la question majeure posée au syndicalisme. Certes, il y a des luttes, des succès, au travers d’actions d’entreprises. Cela reste modeste et parcellisé. Seul un mouvement de grande ampleur, multiforme et construit dans la durée, peut espérer freiner, puis stopper, le rouleau compresseur du libéralisme macronien. Encore faut-il que les salariés aient conscience d’avoir à nouveau des intérêts communs ou que les acquis de certains secteurs leurs seront aussi appliqués. On se rappelle les périodes où dans le privé ou le secteur alors nationalisé les « bulldozers » revendicatifs, faisaient des percées comme une semaine de congés supplémentaires et les luttes des différents secteurs tendaient à en obtenir l’extension à leur tour. Dans la Fonction Publique, les secteurs des Finances ou de l’Éducation arrachaient des améliorations de carrière que, par leurs actions, obtenaient peu à peu les autres ministères. Le boulot de l’Union Générale des Fédérations de Fonctionnaires (UGFF-CGT) d’alors était précisément de coordonner ces actions. Cette forme d’harmonisation de la situation entre salariés par la généralisation par le haut des acquis des uns à tous, a constitué un des ciments de leur solidarité. Cette solidarité elle s’est fissurée dès les années 70 avec les politiques d’adaptations aux exigences grandissantes du libéralisme. Elle a éclaté dans les années 90 avec la déstructuration programmée des garanties collectives aussi bien du privé que du public, des systèmes de retraites et de protection sociale, sur fond de chômage de masse et de précarité de l’emploi. Il nous faut vraiment prendre la mesure du recul de ces solidarités entre secteurs, catégories, précaires, stables dans l’emploi, etc. Il faut surtout bannir une approche moralisatrice de cette question. Laissons de côté les diatribes sur l’individualisme, l’égoïsme, les méfaits de la société de consommation, le nouvel esclavage du numérique, etc. C’est une donnée objective, résultat de rapports sociaux privatisés, éclatés et si possible résignés. L’Union Européenne porte une responsabilité totale de meneur de jeu. L’ouverture à la concurrence de tous les secteurs des infrastructures qui en France relevaient de l’Etat, en est l’exemple caractéristique. Comment dans ces conditions resolidariser les salariés ? Je ne suis sûrement pas la mieux placée pour y répondre. C’est avant tout aux salariés des tranches d’âge en activité ou qui devraient l’être, de penser, concrétiser, impulser cette reconstruction des garanties collectives hors desquelles les droits de chaque individu sont singulièrement plus difficiles à défendre. Quelques idées me trottent dans la tête. Elle relèvent peut-être de l’utopie ou du temps révolu des «  trente Glorieuses ». Je les livre. Tant pis, je ne risque que d’être brocardée ! Pourquoi ne pas renouer avec une revendication unique concernant salariés, chômeurs, retraités pour l’augmentation du pouvoir d’achat sérieusement rogné : 100 euros minimum pour tous tout de suite ( ou plus, en fixant un plafond comme par exemple 3000 euros de rémunérations ou retraites). Ce type de revendication apporte plus aux bas salaires et retraites mais elle met dans le coup, une partie des salariés moyens et des jeunes. Elle solidarise les luttes en unifiant la revendication. Pourquoi ne pas essayer de définir des seuils minimaux par niveau de qualification, en deçà desquels on ne pourrait embaucher et recruter, applicables à tous les secteurs, donc à transposer dans statuts et conventions collectives ( dans ce qu’il en reste ou à rebâtir ). Rien n’interdisant dans des secteurs pointus, à forts besoins, de rémunérer davantage leurs recrues au-delà des seuils de référence. Dans le même esprit, il devrait être possible dans tous les secteurs d’avoir des perspectives réelles de progression de carrière, au moins à l’ancienneté. Il y a là aussi à avancer des revendications unifiantes interprofessionnelles. On pourrait aussi opposer à l’émiettement des garanties et à l’individualisation des rémunérations, quelques grandes revendications communes, refondatrices des solidarités et propices à des luttes pouvant être coordonnées parce qu’elles vont vers les mêmes objectifs. Un mot d’ordre central comme « un CDI chacun, sécurité pour tous », me semble d’une grande modernité sociale. Et, la palette des sujets dits « transversaux » peut être bigrement porteuse de cette resolidarisation. Je pense particulièrement à la santé, à condition de considérer que c’est notre affaire et pas seulement celle des personnels concernés à qui nous aurions donné une sorte de procuration pour lutter sur un sujet vital ( pas fait exprès ! ). Ou encore à l’égalité salariale hommes-femmes qui, au-delà de la discrimination qu’elle a instauré, réduirait considérablement les déficits sociaux. Ou, une nouvelle réduction du temps de travail sans perte de salaire à 32 heures hebdomadaires, avec une productivité française qui permet de produire toute la richesse nationale en moins de 20 heures ; la différence, c’est le profit et les dividendes des actionnaires. En mai-juin 1968, le patronat pleurait qu’il irait à la ruine si on augmentait les salaires de 10%... il a dû s’y résoudre car il avait les grèves aux fesses et il n’en est pas mort ! On nous a bourré le crâne depuis tant d’années, et ça continue de plus belle, sur les incontournables exigences de la mondialisation. Tous ceux qui pensaient autrement étaient soit des bolcheviks nostalgiques, soit des primates ignares. Resolidariser les salariés, c’est donc regagner sur le terrain des « idées » car, et heureusement, ce sont les idées qui nourrissent nos convictions et motivent nos actes.

vendredi 16 février 2018

Au tour de la SNCF ..... les services publics : à dégager !

Nous avions eu le fameux « dégagisme » lors des élections présidentielles. Pour ceux qui en étaient des adeptes, ils ont pu vérifier depuis qu’il ne suffit ni de rajeunir nos élites politiques, ni de les féminiser, ni de les prendre dans la société civile, ni de sélectionner des « perdreaux de l’année, pour changer les choses ! Plus que le contenant, c’est le contenu qui importe. Et un contenu au service des puissants et des possédants produit les mêmes effets. Mais que dire du « dégagisme » qui déferle sur les services publics ! On nous repasse le plat. Et ce n’est qu’un début. Après les annonces sur la Fonction Publique, c’est au tour de la SNCF avec le rapport Spinetta. Fermetures de nombre de lignes secondaires et dans les zones rurales pour tout concentrer sur les lignes à grande vitesse et les transports urbains et péri-urbaines des métropoles. Filialisation, en clair privatisation, du transport des marchandises. Ouverture à la concurrence exigée par l’Europe avec demain des trains allemands ou d’une multinationale sur nos rails ..enfin, le vieux rêve réalisé en tordant le cou à ces vieilleries nationales, fondées sur des péréquations solidaires et sur l’égalité des citoyens pour accéder à des transports abordables ! La préhistoire que je vous dis. Et, la cerise sur le gâteau, la satisfaction de qui a sû attendre : la suppression du statut des cheminots, créateur de privilèges et obstacle à la concurrence. A chaque société, son personnel, ses salaires, ses règles et tous mis en concurrence. Ce qui interroge, c’est l’approbation majoritaire de l’opinion publique sur ce que projette le gouvernement à l’encontre des personnels du service public. Il faut être lucide sur ces comportements pour positionner ce que va être le dur et difficile combat des personnels concernés. C’est parce que je connais bien ces catégories si intensément liées à ce que fut ma vie que je me permets de leur dire : ne partez pas de vous et de que vous allez perdre, partez des usagers-citoyens et de ce que eux vont perdre ! Car notre raison d’être, c’est le service au service des gens, des collectivités et de la Nation pour des droits égalitaires, pour des prestations gratuites ou au juste coût, pour des politiques solidarisées entre régions riches et pauvres, entre villes et campagnes, etc. Il faut ancrer le combat des services publics dans ces fondamentaux que les gens vivent concrètement au quotidien dans leurs rapports avec les services publics. Expliquez-leur pourquoi un « statut » pour vous, c’est aussi des garanties pour eux. Non seulement dans leurs rapports au service public. Mais aussi pour la défense de leurs situations. Quand les mêmes luttent pour obtenir un CDI, au lieu et place de CDD et autres précarités, c’est bien, eux aussi, la stabilité de l’emploi qu’ils souhaitent. Le centre des Finances de Montrichard va être fermé, pourtant il ne désemplit pas. Il faudra faire plus de 20 km pour aller à celui de Contres qui sera aussi ultérieurement fermé et se rendre à Romorantin à 40 km ... et sans moyens de transports locaux adaptés. La gare de Montrichard en sursis ne voit plus passer déjà que quelques trains. Elle correspond à la description des canards boiteux du rapport Spinetta. Si elle ferme, les populations rurales seront un peu plus coupées encore des centres urbains comme Tours, Bourges, Blois et bien sûr Paris. Je pourrais continuer à égrener cette désertification et déshumanisation programmées. Le statut des personnels qu’ils soient de l’Etat, de la Territoriale, de la SNCF est consubstantiel de la conception du service public et de la démocratie en France. Si l’opinion publique perçoit leur action comme une lutte corporatiste, pour la défense de leurs acquits avant tout, alors les carottes risquent d’être cuites. Quand une majorité de la population n’a plus d’espoir d’une promotion sociale permettant à chaque génération de progresser, quand elle a le sentiment nourri par les idéologues libéraux et relayés par les médias qu’il y a des couches privilégiées et parasitaires parmi les salariés, quand elle est convaincue que les sacrifices imposés sont inégalement répartis sur certains ... alors, c’est la division, la compétition, les mises à mort qui s’annoncent. Toutes les forces de la gauche alternative doivent faire converger leur détermination pour lancer une campagne d’envergure sur les services publics, et une campagne sur la durée et sur le fond des enjeux, ancrée dans la diversité des uns et des autres. Parce que c’est de la France tout court dont il s’agit. Le poème du pasteur Martin Niemoller, écrit à Dachau, ne quitte pas mon esprit. Souvenez-vous. Il dit que quand les nazis sont venus chercher les communistes, puis les syndicalistes, puis les juifs, puis les catholiques... il n’a rien dit car il n’était rien de ça ; mais quand les nazis sont venus le chercher lui, il n’y avait plus personne pour protester ... comparaison outrancière penseront certains ! Non, car le « dégagisme » en cours à l’encontre des services publics prendrait alors rang dans les tragédies de notre histoire nationale. Le nom du rapporteur Jean-Cyril Spinetta ne m’était pas inconnu... au-delà d’une carrière exemplaire de technocrate bon teint, c’est son profil politique qui me titillait l’esprit ...pour cause ! Fils et petit- fils de militants socialistes, il a été membre du PS jusqu’en 1977 .... même pas un petit reste !!

lundi 12 février 2018

« Cheddar Man » ...quand le noir vire au blanc !

Je jubile. La découverte des chercheurs britanniques sur « Cheddar Man » est un vrai pied de nez aux racistes de tous bords ! Imaginez. Un squelette, qui était déjà connu, mais dont les progrès scientifiques viennent de définir quelle allure il avait... on le croyait blanc, blond et aux yeux bleus, comme le laissaient à penser des analyses antérieures moins pointues. Et bien non. Cet homme, originaire d’un peuple de chasseurs-cueilleurs du Moyen-Orient, qui a migré il y a 10 000 ans, à la fin de l’ère glaciaire, vers l’Europe du Nord .... avait la peau noire, les cheveux noirs bouclés et les yeux bleus. L’explication est simple et chimique ! Les peaux claires transforment mieux la vitamine D dans les régions pauvres en soleil. La couleur de la peau humaine a donc évolué en fonction du climat et de l’ensoleillement des régions où les hommes se sont installés et sédentarisés. Ce qui nous renvoie au constant suivant. Une peau bronzée sur la plage de nos vacances, c’est super surtout si on peut y accoler le nom d’un lieu de villégiature dans l’air du temps. Un teint hâlé sur les pentes d’une station de ski, ça pose socialement : « on est allés à la neige ». Une peau colorée aux UV, c’est bon pour le moral et ça met plus en valeur nos quadras soumis à une compétition professionnelle dans laquelle le physique monte en charge. Mais la peau noire naturelle, toutes nuances de la palette comprises, c’est la marque d’une infériorité : de race, sociale, culturelle. Vous n’êtes pas « comme les autres » et ce regard des « autres » est une douleur permanente. Atténuer ces stigmates de l’infériorité devient alors un objectif conscient ou inconscient, très commercialement exploité par les faiseurs de fric. Pour défriser les cheveux crépus, pour éclaircir la peau, pour transformer les signes de cette négritude. La France ou la Grande-Bretagne qui furent des empires coloniaux ayant dominé des peuples « bronzés » et imposé leur civilisation, leur mode de vie, leurs institutions, ont généré chez certains ce sentiment de supériorité. Il n’avait jamais été majoritaire en France, même aux périodes sombres de notre histoire. Les crises de toutes natures qui secouent le monde accélèrent les mouvements migratoires. Nous le vivons tous les jours, à une échelle encore très modeste. Mes profs du très sérieux et conservateur IFRI ( Institut Français de Relations Internationales ) qui en partenariat avec l’Université de Marne la Vallée, organisait un DEA sur la « Prévention et gestion des conflits Internationaux, en 1995-96, nous enseignaient fort lucidement avec recherches et expertises à l’appui, que le troisième millénaire serait celui des grandes migrations comme celles qui avaient suivi la fin de l’époque glaciaire ! Beaucoup, beaucoup de « Cheddar Man » en perspective sur les chemins et mers des continents. Les braves anglais, encore sous le choc, de cette révélation, pourront toujours se raccrocher au bleu des yeux de leur ancêtre. Moi, j’ai un faible pour le vert car ça se marie bien avec le foncé. Mais les yeux marron de mon brun de mari porteur des métissages de la Méditerranée, ne sont pas mal du tout !

samedi 10 février 2018

Agressions sexuelles ... c’est qui le prochain ?

Les scoops sur les agressions sexuelles et les hommes de pouvoir virent au roman feuilleton. On va bientôt attendre avec curiosité de connaître le prochain héros de l’épisode suivant ! J’use d’un ton badin mais je crois que ce qui se passe n’est pas banal. Comme je n’ai pas l’habitude de me faire des cadeaux, je m’interroge sur mes propres réactions. J’ai passé une bonne partie de ma vie à lutter pour les droits des femmes. Je crois avoir modestement contribué au travers des mes rapports au CESR à pointer dans les années 2000 des sujets dont on parlait encore avec réticence à l’époque : le droit des femmes de maîtriser leur corps, la PMA et la GPA, le mariage homosexuel, les violences conjugales, les violences sexuelles dont l’inceste, etc. J’ai interviewé suffisamment de femmes et de jeunes filles pour savoir combien il leur est souvent très dur de parler de ces atteintes intimes. Beaucoup ne veulent pas déposer plainte et s’enferment dans leur silence. Puis, le temps passe et il y a prescription des faits. Accompagner et soutenir ces femmes pour qu’elles se défendent en temps voulu et aillent devant la justice est donc un combat qui concerne les féministes et tout le monde. C’est aussi contribuer à ce que la Justice prenne ces femmes au sérieux et diligente sans barguigner les procédures. Faut-il s’étonner que ce qu’on appelle la libération de la parole des femmes après l’affaire Weinstein, les campagnes de « Balance ton porc », de « MeeTo » et autres, débouchent sur la mise sur la place publique d’affaires de cette nature ? Parions que ces affaires vont se multiplier. La dimension sexuelle dans la domination hommes/femmes est particulièrement forte dans le monde de la politique, si longtemps apanage exclusif des hommes. Ce dont je voudrais être sûre, c’est que ces dénonciations ne soient pas politiquement instrumentalisées ou médiatiquement exploitées pour faire de l’Audimat, pour régler des comptes politiques ou personnels ( quels que soient les partis ou idées concernées ), pour discréditer encore un peu plus les hommes politiques qui sont déjà sous l’eau. BFMTV avait fait de « l’affaire Hulot » l’information principale de toute une journée.. et ça tourne en boucle, et ça te commente ! A propos, incroyable le nombre d’experts et de spécialistes sur tout et n’importe quoi qui défilent sur le petit écran. Est-ce que j’exagère si je crains aussi que ces campagnes contribuent à discréditer le combat des femmes pour faire respecter leur dignité de femmes, en misant sur une sorte de rejet de l’opinion publique face au danger d’être traité de porc si on dit à une femme qu’elle est belle et désirable. Comme, une femme devrait pourvoir dire la même chose à un homme, sans être considérée comme une femme facile ou une pute potentielle. C’est en cela que ces révélations tardives, faites dans des circonstances parfois floues, provoquent chez moi un malaise. Hulot après Darmanin en quelques semaines dans un gouvernement qui officiellement, affiche son ambition de faire de la lutte contre les violences sexuelles, une des grandes causes du quinquennat. Genre l’arroseur arrosé. Quels caïmans s’agitent dans ce marigot ?

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