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Société

Seront traités un panel de sujets relevant des enjeux de société.

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samedi 3 mars 2018

La Résistance : l’inaltérable parfum de l’anticommunisme.

J’avais depuis un an levé le pied de mes recherches sur la Résistance dans notre Vallée du Cher, pour terminer d’autres recherches qui traînaient. Et je dois dire que m’étant immergée pendant des mois et des mois dans ce qui fut une des plus tragiques périodes de notre histoire, j’avais besoin de prendre du recul. Quand vous commencez à faire des cauchemars sur les camps de concentration, il faut savoir sursoir un peu ! Pour ce premier train de recherches, j’avais surtout lu à peu près tout ce qui s’est écrit sur le Loir et Cher et déjà dépouillé pas mal de dossiers aux Archives Départementales. Et privilégié plutôt la lecture de livres, genre mémoires, des uns ou des autres. Connaissant un peu la musique, comme on dit, je ne m’étais pas ingurgité beaucoup d’ouvrages généraux sur cette période, sachant les partis pris de nombre d’historiens. Et une vision généraliste de la Résistance n’était pas mon approche puisque, à l’inverse, ce qui me motivait était de reconstituer ce qui s’était réellement passé en bas, au quotidien, dans nos communes, sans prédéterminer mon esprit avec des stéréotypes construits après la Libération. Je m’apprête à reprendre mes recherches sur les mouvements et réseaux de que l’on a appelé la Loire-Sud ainsi qu’étudier de plus près la répression à l’encontre de ceux et celles qui franchirent ou tentèrent de franchir la ligne de démarcation entre Noyers/Thésée et Montrichard/Chissay. Tombant l’autre jour dans une librairie sur le format de poche ( au diable l’avarice ! ) de « L’histoire de la Résistance » (2013) de Olivier Wievorka, je me suis laissée aller à l’acheter et à le lire de À à Z. Ce livre m’a indisposée. Il m’a mise mal à l’aise. Scientifiquement parlant, il est très documenté et fort bien écrit. Mais en l’achevant, je me disais que nombre de résistants ne se seraient pas sacrifiés ou des citoyens lambda pris tant de risques, s’ils avaient lu ce bouquin. Malgré une permanente et prudente rhétorique du « balancier », sur les différents enjeux de la Résistance, construite sur « certes ce qu’ils ont fait à joué un rôle .... mais pas si important que ça », le fil conducteur du livre, consiste à minorer la contribution de la Résistance dans le contexte draconien et du régime de Vichy et de l’Occupation. C’est ce que j’ai vraiment ressenti. De même, l’auteur considère la contribution de la population comme minime dans ses actes de protestation et de résistance. J’ai interviewé près de 140 « anciens » locaux ou leurs enfants sur cette période. Pour distribuer bons et mauvais points tant d’années après, encore faut-il avoir à l’esprit ( et au cœur ) les conditions vécues par les populations, leur degré de désespérance. Dans l’analyse d’Olivier Wievorka , qui se veut non manichéenne et équilibrée, il y a une constante : le PCF n’est entré en Résistance qu’après l’invasion de l’URSS par le Reich donc en juin 1942, il a roulé plus pour lui que pour la Résistance et il a magnifié son rôle, symbolisé dans l’image du « parti des 75000 fusillés ». Archives aujourd’hui connues, il est difficilement contestable que le PCF a maintenu au début, au niveau de sa direction et d’une partie de son appareil, une analyse qui caractérisait la guerre comme un affrontement inter-impérialiste (donc ce n’est pas notre affaire) et non pas une lutte contre un fascisme destructeur des libertés fondamentales et des nations ( donc appelant la lutte unie patriotique ). Mais en fut-il ainsi en bas, parmi les sympathisants, adhérents et militants ? D’autant que ceux-ci étaient privés, dès l’automne, d’informations : le parti dissous, ses dirigeants passés beaucoup dans la clandestinité, des milliers de communistes arrêtés ou en résidence administrative et plus de presse. Les communistes ou réputés tels sommés de condamner le Pacte Germano Soviétique, sous peine d’être chassés des syndicats, associations, etc. Ce que j’ai observé au travers de mes recherches, c’est que les militants du PCF ne sont pas restés l’arme au pied. Bien au contraire. Ils ont agi dès les premières semaines après la défaite. Ils vont organiser les premières formes de « résistance », celle que le bouquin de Wievorka sous-estime tant et méprise presque : répertorier les gens sur qui on peut compter, écrire et distribuer des tracts, faire passer la ligne de démarcation, organiser des réunions clandestines, imaginer de multiples formes pour compliquer la vie de l’occupant, organiser l’action revendicative et les actions de protestation sur les prix, les pénuries, tisser des solidarités. Ils ne furent pas les seuls. Dans ma zone, il faut souligner ce type d’engagement rapide de croyants dans la mouvance d’organisations catholiques comme de membres et sympathisants de la SFIO et de la franc-maçonnerie. C’est ce travail de fourmi des années 40-41, qui fécondera les phases plus organisées de la Résistance, notamment de la Résistance combattante dans laquelle les communistes furent particulièrement actifs en Loir et Cher. Pourtant, comme presque partout ailleurs, de Gaulle et les Alliés refuseront de leur donner des armes jusqu’au moment proche de la libération nationale. Au cas où ils tenteraient un Octobre version française ! Tous les témoignages recueillis vont dans le même sens : c’est avant tout pour leur patrie, les idéaux de 89, les conquêtes du Front Populaire, que luttaient ces communistes de base. Ils admiraient l’URSS et vraisemblablement Staline, mais ce qui les faisaient agir, c’était foutre les Boches dehors, en finir avec le régime des traîtres de Vichy et plus tard, mettre en œuvre le programme du CNR, pour une France de progrès social. Les communistes ou réputés tels constitueront la plus importante partie de la répression nazie et de Vichy. L’URSS et les pays dits socialistes se sont écroulés, depuis trente ans. Le PCF n’est plus que l’ombre portée de ce qu’il fût. Mais l’inaltérable parfum de l’anticommunisme lui perdure. Notamment dans des domaines qui touchent la nation, la patrie, le dépassement de soi, le sacrifice ultime, la solidarité internationale. Parce que ce parfum est celui d’idées immortelles. L’histoire de la Résistance de Wievorka, il s’en défendrait bien évidemment, s’inscrit hélas, dans cette continuité.

lundi 12 février 2018

« Cheddar Man » ...quand le noir vire au blanc !

Je jubile. La découverte des chercheurs britanniques sur « Cheddar Man » est un vrai pied de nez aux racistes de tous bords ! Imaginez. Un squelette, qui était déjà connu, mais dont les progrès scientifiques viennent de définir quelle allure il avait... on le croyait blanc, blond et aux yeux bleus, comme le laissaient à penser des analyses antérieures moins pointues. Et bien non. Cet homme, originaire d’un peuple de chasseurs-cueilleurs du Moyen-Orient, qui a migré il y a 10 000 ans, à la fin de l’ère glaciaire, vers l’Europe du Nord .... avait la peau noire, les cheveux noirs bouclés et les yeux bleus. L’explication est simple et chimique ! Les peaux claires transforment mieux la vitamine D dans les régions pauvres en soleil. La couleur de la peau humaine a donc évolué en fonction du climat et de l’ensoleillement des régions où les hommes se sont installés et sédentarisés. Ce qui nous renvoie au constant suivant. Une peau bronzée sur la plage de nos vacances, c’est super surtout si on peut y accoler le nom d’un lieu de villégiature dans l’air du temps. Un teint hâlé sur les pentes d’une station de ski, ça pose socialement : « on est allés à la neige ». Une peau colorée aux UV, c’est bon pour le moral et ça met plus en valeur nos quadras soumis à une compétition professionnelle dans laquelle le physique monte en charge. Mais la peau noire naturelle, toutes nuances de la palette comprises, c’est la marque d’une infériorité : de race, sociale, culturelle. Vous n’êtes pas « comme les autres » et ce regard des « autres » est une douleur permanente. Atténuer ces stigmates de l’infériorité devient alors un objectif conscient ou inconscient, très commercialement exploité par les faiseurs de fric. Pour défriser les cheveux crépus, pour éclaircir la peau, pour transformer les signes de cette négritude. La France ou la Grande-Bretagne qui furent des empires coloniaux ayant dominé des peuples « bronzés » et imposé leur civilisation, leur mode de vie, leurs institutions, ont généré chez certains ce sentiment de supériorité. Il n’avait jamais été majoritaire en France, même aux périodes sombres de notre histoire. Les crises de toutes natures qui secouent le monde accélèrent les mouvements migratoires. Nous le vivons tous les jours, à une échelle encore très modeste. Mes profs du très sérieux et conservateur IFRI ( Institut Français de Relations Internationales ) qui en partenariat avec l’Université de Marne la Vallée, organisait un DEA sur la « Prévention et gestion des conflits Internationaux, en 1995-96, nous enseignaient fort lucidement avec recherches et expertises à l’appui, que le troisième millénaire serait celui des grandes migrations comme celles qui avaient suivi la fin de l’époque glaciaire ! Beaucoup, beaucoup de « Cheddar Man » en perspective sur les chemins et mers des continents. Les braves anglais, encore sous le choc, de cette révélation, pourront toujours se raccrocher au bleu des yeux de leur ancêtre. Moi, j’ai un faible pour le vert car ça se marie bien avec le foncé. Mais les yeux marron de mon brun de mari porteur des métissages de la Méditerranée, ne sont pas mal du tout !

mardi 6 février 2018

Les promos alimentaires ...un privilège à rogner !

Les réactions sur les réseaux sociaux de personnes affichant par ailleurs des engagements à la FI, au PC, à la CGT, etc. à l’affaire Nutella m’avaient interpellée et surtout étonnée. Elles fustigeaient en substance ceux qui s’étaient battus dans les Intermarché pour de la pâte à tartiner alors que vraisemblablement les mêmes ne faisaient rien pour lutter contre le chômage ! Sauf que l’emblématique Nutella, valait 70 % de moins que son prix habituel. Une occasion unique pour une famille, et surtout les enfants, d’en consommer comme ceux qui en avalent tous les jours parce qu’ils en ont les moyens. Le Nutella, une sorte de marqueur social du petit-déjeuner. Comment, quand on se réclame du peuple et de la transformation sociale, peut-on afficher cette sorte d’insensibilité dogmatique ? Je ne le comprendrai jamais. On ne fait pas la révolution le ventre vide. Je vais très souvent faire mes courses à l’ouverture du Super U de Montrichard à 8h30 ( car après aquagym pour mon arthrose ). L’espace réservé aux produits alimentaires, qui ont des dates d’expiration proches, est littéralement pris d’assaut. Les gens n’ont plus aujourd’hui honte de vous confier qu’ils se nourrissent quasi exclusivement avec ces produits, les produits premiers prix et ceux en promo. Ces promos qui ont du plomb dans l’aile. Le gouvernement avec son projet de loi sur l’Alimentation veut relever le taux de ce qu’on appelle le seuil de revente à perte de 10%. Ainsi un produit qu’il achète 100 sera obligatoirement revendu 110. Il ne pourra plus être vendu à prix coutant. Quant aux promotions, elles devront plafonner à 34% du prix normal. Une organisation de consommateurs a chiffré cette mesure à 5 milliards de transferts sur le dos des consommateurs ! Car il faudra bien que quelqu’un paye. Ce sera encore les mêmes ! Les grandes enseignes ne vont pas s’imputer ce surcoût sur leurs bénéfices. Le gouvernement légitime cette mesure par le fait que ces 10% devraient servir à mieux rémunérer les producteurs et les inciter à améliorer la qualité. Chiche. Comment ? Par quels mécanismes ? Mystère ! Ça risque de rester un vœu pieux comme l’institution de la vignette auto qui en son temps devait améliorer la retraite des vieux ! Ce qui devrait faire l’objet de la loi, c’est une vaste refonte de toute la chaîne de la production à la consommation, en passant par les fameuses centrales d’achat qui fonctionnent sur la base des pressions et du chantage sur les producteurs, car précisément rien ne garantit qu’elles accepteront de mieux les rémunérer. On peut craindre, qu’à l’inverse, elle accentueront leurs pressions pour maintenir leurs marges. Et, sans une amélioration sensible du pouvoir d’achat des actifs et des retraités, une partie grandissante de la population sera condamnée à bouffer de la m.... Sur mon marché de Montrichard, il y a de bons produits. Une botte de cresson à 3€50. Le kilo de filets de merlan à 27€. Etc. Qui peut suivre ? Qui a aujourd’hui des revenus suffisants pour se nourrir intégralement avec des produits de qualité et/ou vraiment bio ? Sauf à sacrifier d’autres postes du budget familial, souvent difficilement compressibles. Voilà pourquoi - 70% sur des produits de marque font courir les foules.....

dimanche 4 février 2018

Shootons-nous...ça fait grimper le PIB !!

L’INSEE va intégrer le trafic de drogue dans le calcul du PIB de la France. Cette décision s’inscrit dans l’objectif d’harmonisation européenne, ici en l’occurrence le calcul du produit intérieur brut, c’est à dire la richesse nationale annuelle. La même soupe nous est servie : d’autres pays le font et sans harmonisation, on ne peut pas se livrer à des comparaisons sérieuses ; d’autant que le PIB est un des éléments pris en compte pour calculer la contribution de chaque pays au budget de l’Europe. Les Pays-Bas rouspétaient car eux ont adopté ce principe et estimaient qu’ils étaient lésés en crachant au bassinet européen plus que les copains ! Pourtant, on nous dit que cette disposition n’influera qu’à la marge sur le PIB. On veut nous rassurer sur l’impact financier. Mais quid du fond de la mesure elle-même ? Peut-on se contenter de considérer que le trafic de drogue, réglementairement illégal et interdit, est aussi une activité économique, participant au commerce et aux échanges et que donc, il est normal de la prendre en compte comme la production des yaourts ou des bonbons ? La dépénalisation de certaines drogues, la vente libre du cannabis, prennent rangs dans une banalisation mercantile de ces poisons. Je ne parle pas ici de l’utilisation de certains de ces produits à des fins médicales encadrées. La drogue est devenue un fléau de masse, qui se conjugue souvent avec tabagisme, alcoolisme, violences conjugales, etc. J’ai en tête le récent rapport sur l’utilisation abusive de sirops, pastilles et autres médicaments pour rhumes et toux qui, ingérés à grande échelle, ont les mêmes effets que les drogues. J’ai surtout devant moi le dernier journal de ma Mutuelle la MGEN qui publie un dossier sur « Dopage : la face cachée du travail ». Effarant ! 20 millions d’actifs en poste ou au chômage sur 29 millions sont concernés par la consommation de substances psychotropes, légales et illégales. Entre 2005 et 2010, la proportions d’usagers de médicaments psychotropes dans le monde du travail a augmenté d’environ 18 % ( et ça a du croître encore depuis ). La France a une des productivité horaire la plus élevée au monde et, nous enseigne cette étude .... le premier pays pour la consommation des psychotropes ! Les spécialistes non gangrénés par le credo de la concurrence et de la performance libérales, sont unanimes. L’intensification du rythme du travail, les exigences de productivité, ce qu’on appelle l’hyper-connectivité, poussent à la consommation de substances pour tenir le coup. On glisse peu à peu vers les drogues tout court. Sans parler de consommations accrues de tabac et alcool mais aussi de sucreries et mal-bouffe. Ainsi ces spécialistes considèrent que les organisations actuelles du travail « obligent » l’être humain au dopage légal et illégal. D’autant que plane sur leurs têtes l’épée de Damoclès des licenciements, du chômage technique, des plans sociaux. En d’autres termes ce les oblige à se détruire lentement mais sûrement pour les profits d’une petite minorité de gens sans foi ni loi, sauf celle de l’argent. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ces héros de Zola, à commencer par Gervaise. Eux s’abrutissaient dans l’alcool. Pour se donner du courage. Pour oublier misère et surexploitation. Les chiffres de cette étude nous ramènent vers ces époques que nos générations pensaient révolues après les grandes avancées sociales de 1936, la Libération, Mai-Juin 1968 ! Quelle leçon sur la permanence des luttes de classe tant que le capitalisme aura pignon sur rue ! Mais surtout une réflexion sur l’immédiat : les conditions de travail actuelles des salariés devraient être prises à bras le corps par les syndicats comme un des vecteurs essentiels de la construction des ripostes sociales. Dans les périodes de décrue des consciences et de vide de perpective politique transformatrice, nos prédécesseurs syndicaux aimaient à dire qu’il faut partir de la revendication du « carreau cassé ». C’est à dire de ce que vivent au quotidien les salariés dans les entreprises. Ah, j’allais oublier : les Pays-Bas ont déjà intégré les revenus de la prostitution dans leur PIB. Donc, une nouvelle harmonisation européenne à prévoir. J’attends avec curiosité ce que diront alors nos féministes de toutes obédiences !

lundi 29 janvier 2018

La réforme du Bac : un exocet dans le principe d’égalité.

La réforme annoncée du Bac est gravissime. Elle est un véritable exocet dans le principe d’égalité, pourtant déjà bien malmené. Le Bac en France n’était pas un diplôme de fin d’études, ici secondaires, comme le furent le certificat d’études de nos parents et grands-parents, ou encore le Brevet des Collèges pour ma génération. Le Bac était la clé d’entrée dans le système d’enseignement supérieur, en premier lieu universitaire. Il permettait à tous d’y prétendre. Il était de même valeur pour tous. Le Bac avec mention d’un lycéen de banlieue pauvre valait celui du copain d’un lycée des beaux quartiers. Parce que les épreuves étaient les mêmes ; parce les enseignants correcteurs corrigeaient des copies anonymes ; parce que ces épreuves étaient nombreuses, celles où on « est bon », celles où on l’est moins, permettant ainsi plus de chances d’avoir la moyenne ou au-dessus. Certes, je ne veux pas idéaliser et minimiser les freins et les difficultés pesant sur les lycéens appartenant à des milieux dits défavorisés, issus de l’immigration, et aussi au monde rural. Déjà difficile pour beaucoup d’entre eux d’arriver en seconde de l’enseignement secondaire long. Mais cette réforme ne vise pas seulement à dévaloriser le Bac pour légitimer la sélection accrue qui se met en place pour l’accès à l’Université en donnant à celle-ci un quasi droit de choisir entre les étudiants postulants. Le fil conducteur de la conception du nouveau Bac, c’est le renforcement sans précédent de l’élitisme social. Quatre matières seulement à l’écrit dont deux obligatoires et deux facultatives. C’est mince et on peut imaginer le jugement qui sera porté en fonction de la nature des matières facultatives ! L’institution d’un grand oral. Tout le monde sait que la plus ou moins grande facilité à s’exprimer oralement, la richesse ou la pauvreté du vocabulaire et de la structuration des phrases, sont intimement liées au milieu social, à l’éducation, à l’accès aux livres et à la culture. Cette part si importante de l’oral à un âge si jeune favorise les enfants des milieux aisés/ou intellectuels. Il ne manque pas d’études ces dernières années sur précisément ce qu’on appelle le patrimoine culturel familial dont beaucoup de spécialistes estiment qu’il devient plus déterminant pour l’avenir des générations actuelles que le patrimoine foncier ou autre transmis par leurs vieux ! Il me revient à la mémoire ce que m’avait confié, il y a une quinzaine d’années, le responsable du service de la formation continue de l’Université de Tours. Je l’avais interrogé, pour un rapport, sur les adultes souvent encore jeunes, n’ayant pas leur Bac, désireux d’entreprendre des études supérieures et qui devaient passer un examen spécial d’entrée. Ce responsable m’expliquait que ce type de postulants étaient généralement très motivés mais que pour beaucoup, cela leur demandait un gros travail pour combler leurs manques de connaissances. Et il s’exclama « par contre ceux qui réussissent sans problème l’examen, ce sont les enfants de bonne famille qui après quelques extravagances de jeunesse, rentrent au bercail. Un, deux mois de préparation et c’est bon. Ils ont leur capital intellectuel familial en leur faveur ». Et une place accrue au contrôle continu. Vous pensez bien que le lycée d’appartenance sera un critère d’appréciation presque naturellement ai-je envie de dire ! Parce que le contrôle continue au lycée Henri IV à Paris sera forcément d’un niveau meilleur qu’un lycée des quartiers Nord de Marseille pour la plupart des Présidents d’université ou des employeurs. Car on nous bassine avec les vertus de l’apprentissage et de l’enseignement professionnel, censés favoriser l’accès à l’emploi alors que l’enseignement dit général fabriquerait des chômeurs. Un jour, en commission économique du CESR, j’étais tellement excédée d’entendre ces inepties, que j’ai demandé publiquement à tous les employeurs présents de nous dire quelles études faisaient ou avaient fait leurs enfants....tous avaient fait des études supérieures, peu des études scientifiques ou d’ingénieurs, la majorité s’étaient adonné à des études de droit et de sciences humaines ! Mais aucun de l’apprentissage ou la voie professionnelle ! Les fractures de la société française n’ont pas fini de s’approfondir. L’accès au savoir devrait occuper une place bien plus centrale dans les axes de mobilisation populaire. Un petit clin d’œil à l’histoire : c’est Tiers-Etat qui avait le savoir dans sa marche vers 1789 quand nombre de nobles savaient à peine lire et écrire. C’est la rencontre contradictoire et conflictuelle entre les besoins du capitalisme en pleine expansion et les besoins des masses populaires pour assoir aussi la République qui enfanteront en France les lois scolaires, fondées sur le principe d’égalité. Pour les libéraux quels qu’ils soient, battre en brèche le principe d’égalité est une obsession, car il fait partie de ce qui est le patrimoine génétique du peuple français. Et la société numérique a certes besoin d’une élite mais aussi de plus en plus de ces OS d’un type nouveau pour les immenses plateformes de l’e-commerce, les ferme aux milliers de vache, les drive, etc. Cette main d’œuvre là fera l’affaire, avec au mieux un Bac dévalué et donc sous rémunéré, mais garantissant au Patronat une main d’œuvre de masse adaptable à l’exploitation du XXIe siècle.

samedi 27 janvier 2018

Obsèques de Paul Bocuse....je pense à toi Molière !

Ce matin, pas de travail intellectuel. Nous avions des invités à midi. Comme l’essentiel de la préparation du repas relevait aujourd’hui des compétences culinaires d’Armand, je me suis laissée aller à regarder les obsèques de Paul Bocuse retransmises en direct sur BFMTV. Paul Bocuse avait souhaité que ses obsèques se déroulent dans l’église de sa petite commune de Collonges au Mont d’Or, celle de sa famille, et que ses cendres soient dispersées sous le Pont de Collonges où se trouve son restaurant qui est en train de prendre rang dans notre saga gastronomique nationale. En foi de quoi, il a eu des obsèques quasi officielles, et encore, certains réclamaient un hommage national avec Macron et madame en tête. Sans oublier le tristounet Premier Ministre. Il fallut se contenter de Colomb le lyonnais qui a dû pas mal fréquenter les enseignes du coin estampillées Bocuse. Les conseillers en communication ont dû alerter sur le risque de vider de sens la notion d’hommage national en les multipliant à gogo et de nuire à l’image du Président transformé en VRP des funérailles des premières pages de Paris Match ! Je ne connais pas Paul Bocuse. Je n’ai pas les moyens d’aller dans son restaurant. Je n’achète pas de plats tous faits même sous son label. Certes comme la plupart des Français, j’admire sa contribution à notre gastronomie et nos traditions culinaires tout en observant qu’il était aussi doté d’un sens des affaires certain. La présence de tous ses collègues en blouse blanche était émouvante. J’en étais là à zieuter quand on passa à la messe dans la cathédrale de Lyon et que se succédèrent les sermons du Vicaire Général et de Mgr. Barbarin, archevêque de Lyon. Là mon cerveau s’est réveillé et je n’ai pas pu l’empêcher de se livrer à quelques connections entre mes neurones. Peut-être est-ce parce que ce type d’obsèques a un quelque chose de théâtral, de mise en scène bien huilée, j’ai immédiatement pensé à toi Molière. On refusa de t’inhumer à l’église parce que tu étais comédien. Il faudra des interventions haut placées pour que tu puisses l’être en catimini la nuit, en silence et sans fioritures. Jusqu’à Vatican II (1962 ), on refusera d’inhumer religieusement les divorcés, les suicidés, les remariés civilement. Le canon 1184 du nouveau Code Liturgique, en 1983, stipule qu’on ne peut accorder de funérailles ecclésiastiques sans scandales publics des fidèles, aux «  pécheurs manifestes ». Adultère, concubinage, sont théoriquement prohibés par l’Eglise même si le Pape François en bon disciple du réalisme et adaptabilité des Jésuites aux évolutions de leurs temps a estimé, en s’attirant les foudres de ses ouailles, qu’il valait mieux un concubinage réussi ( mais il doit être temporaire pour se préparer au mariage ) qu’un précoce mariage « entre immatures et inconscients ». Même si une latitude semble être maintenant laissée aux prêtes pour qualifier la gravité des péchés. Mais le remariage à l’église des divorcés est toujours interdit. Je ne ferai pas de surenchère en pointant le mariage des prêtes, les scandales à répétition de prélats pédophiles, amateurs de jeunes garçons, et toutes ces femmes et enfants de prêtres obligés de se cacher et condamnés au mensonge. Mgr. Barbarin a eu plus de considération pour Paul Bocuse que pour ces enfants violés par les prêtres de son diocèse qu’il continue de couvrir. Paul Bocuse était maître de sa vie privée qui ne m’intéresse pas. Ce n’est pas elle qui était dans les assiettes. Mais sa bigamie ( tri en fait ) publique et assumée pour s’en tenir à ce seul aspect, ne semble guère avoir troublé le clergé lyonnais ! Vous me direz que nos monarques les plus pécheurs du côté de la chair, comme on disait, on tous reçus les saints sacrements et ont eu de grandioses obsèques religieuses....même si leur impopularité ( mais pour cause de misère et non de mœurs ) à contraint à en transporter quelques uns de nuit de Versailles à la basilique de St.Denis ! C’est toujours la même chose : que vous soyez riche ou pauvre, connu ou inconnu, politiquement correct ou pas........

lundi 15 janvier 2018

Et si on pratiquait un « féminisme ordinaire » au quotidien ?

J’ai enfin terminé la préparation de la Conférence que je présente samedi sur l’Histoire du Vaulx St. Georges ( siège actuel de la mairie de Thésée la Romaine ). Il s’agit de reconstituer l’histoire de la nuit des temps à aujourd’hui, de ce qui fut d’abord un poste de surveillance aux frontières de plusieurs tribus celtes et gauloises, puis une seigneurie, puis un domaine et enfin une propriété privée. J’adore ce type de recherches. Un sujet qui n’a intéressé quasiment personne. Des difficultés pas possibles à trouver des sources. Parfois la recherche frise l’investigation ou l’enquête policière ! La présence de « dynasties «  de propriétaires. On peut ainsi analyser les processus de promotions sociales aux différentes périodes de notre histoire et « croiser » données économiques, institutionnelles, politiques, religieuses. Chacun de mes sujets de recherches m’a conduit à approfondir des tas de questions et domaines de connaissances. Je suis attachée à une devise : apprendre, savoir, pour comprendre. Ainsi pour celui-ci, deux familles de propriétaires ont été des membres actifs des deux principales écoles de pensée de ce qu’on nomme le « catholicisme social ». Au XIXe, celle des catholiques intransigeants monarchistes et réactionnaires, celle des catholiques républicains et progressistes. Passionnant et donnant des clés de compréhension y compris pour décortiquer correctement l’échiquier idéologique et politique de 2018 ! Je vous en reparlerai. Mais si mes neurones fonctionnent encore assez bien, je mesure l’effet des ans à un signe significatif chez moi : je ne peux plus traiter plusieurs choses en même temps comme avant. Mon cerveau aime maintenant prendre son temps. Voilà pourquoi j’ai déserté mon blog quelques jours. Mais j’avais tout de même écouté les nouvelles télévisées et fait ma revue de presse. Et j’ai besoin de vous dire que suis excédée par les débats ( si on peut appeler ça des débats ) entre les féministes sur les violences sexuelles. Comme il parait qu’il existe plusieurs générations de féministes, j’ignore à laquelle j’appartiens et à quelle variété. Je n’en ai cure. Par contre ce que je sais c’est que plus de cinquante ans d’activités au service de la cause des femmes, associant théorie et pratique, me rendent ( et tant d’autres militantes ) tout aussi légitime que ces féministes qui donnent l’impression que le monde commence avec elles. Ce débat se présente comme une affaire entre intellectuelles, femmes de la « haute » comme aurait dit ma grand-mère, et en plus maintenant le gratin des «people » ! Avec les courants héritiers du MLF de ma jeunesse dont les adeptes défilaient seins nus, symbole de leur libération et ceux des femmes dans le sillon des muses inspiratrices dont beauté, séduction, élégance sont le pain quotidien, nous surfons sur l’écume des tourbillons et remous des violences faites aux femmes. Je ne suis, bien sûr, pas une spécialiste de la sexualité des êtres humains. Mais j’ai le sentiment que des données physiologiques, les histoire de chaque famille, l’imaginaire de chaque individu, etc. influent dans la manière de chacun d’entre de ressentir et vivre sa sexualité. On ne peut pas tout renvoyer, expliquer, combattre ou s’approprier, en se réclamant de la théorie genrée de la construction de la sexualité et des violences faites aux femmes. Et à condition de bien préciser de quoi on cause, je considère que l’approche « par le genre » est un apport essentiel, mais non exclusif, à l’analyse des causes de l’infériorisation millénaire des femmes. De même, que j’ai combattu dans ma jeunesse militante, les positions de dirigeants de la CGT qui estimaient que des questions comme l’interruption de grossesse ou la contraception, relevaient de la vie privée et ne concernaient pas le syndicat, de même je ne peux cautionner une stratégie de division hommes-femmes. Les deux sexes sont victimes du système, même si incontestablement les hommes ont tiré bénéfice de la position dominante que leur avait attribué la structuration des rapports de sexe. Dans cette société libérale soumise aux lois de la concurrence, du plus fort, du plus riche, comment s’étonner que les rapports de domination s’exercent de plus en plus violemment. Car là est bien l’enjeu essentiel Pour que les hommes ne considèrent pas une femme comme un objet sexuel à leur disposition, il faut qu’ils considèrent les femmes comme des égales dans les trois domaines indissociables. Celui du travail avec des salaires égaux à qualification égale, avec des parcours de carrière égaux, avec la fin des « plafonds de verre », avec des postes bannissant des qualités supposées féminines ou masculines. Il était plaisant l’autre soir, de voir la présentatrice de TV nous expliquer que le ministère des Affaires Sociales était exemplaire dans la promotion de femmes aux postes de responsabilité et que les derniers de la classe étaient ceux des Armées et de la Justice ! Affaires Sociales, affaire de femmes, un recrutement de départ majoritairement féminin ! Celui de la famille avec le partage des tâches. Les militantes de la CGIL italienne appelaient ça le « 50-50 » dans les années 70. Ça a beaucoup progressé. Mais ce qu’il est intéressant de pointer, c’est que les hommes s’investissent d’abord dans les tâches plus valorisantes comme les courses, le barbecue ou le plat « génial » pour une invitation, les jeux, le sport, avec les enfants ou leurs domaines traditionnels du bricolage et jardinage ; les femmes se coltinent toujours l’essentiel des tâches les plus ingrates et les soins aux parents. Celui de la cité. Là aussi, les progrès sont notables et permanents, même si, face aux résistances et inerties, il a bien fallu avoir recours aux réglementations sur la parité. Il y a encore du chemin à faire et même observation que précédemment. Ce sont des responsabilités dans les domaines considérés comme d’essence féminine qui sont encore majoritairement confiées aux femmes : le social, l’enfance, l’éducation, la culture, etc. Peu de femmes dans nos collectivités ont la charge de fonctions financières, techniques, régaliennes. J’avais constaté pour mon rapport au CESR, sur « Femmes et vie publique en Région Centre », que dans des villes moyennes et des Conseils Généraux, des femmes étaient en charge des rapports avec les commerçants et artisans. Intriguée, j’avais posé la question du pourquoi à un éminent élu qui m’avait répondu fort sérieusement « comme les femmes aiment parler, elles passent très bien auprès de ces catégories » ! Ce sont ces clichés, stéréotypes, fonctions héritées des origines, qu’il faut de manière persévérante faire reculer par la mise en œuvre effective des droits des femmes. Que les féministes quelle que soit leur crèmerie philosophique s’activent sur le terrain, notamment sur les lieux de travail, pour combattre toutes les formes d’infériorisation de la femme à commencer par toutes ces pubs qui alimentent ces clichés tant sur les femmes que sur les hommes, en les réduisant à des sexe-symbole. Sans parler de la pornographie, accessible à tout âge, avec un simple clic de souris ! Quant à l’attirance entre un homme et une femme, l’envie de s’aimer physiquement, le besoin de partager ce en quoi on croit, la recherche de la plénitude à deux.... n’est ce pas consubstantiel à l’existence de l’humanité et au besoin de bonheur ?

lundi 11 décembre 2017

Johnny Hallyday .... une médiocre opération de consensus.

J’ai attendu quelques jours avant de m’exprimer sur les réactions qui ont suivi le décès de Johnny Hallyday. J’ai pas mal regardé la TV, lu ce qui s’écrivait et écouté autour de moi. Nous nous sommes dit avec Armand que nous avions dû, comme nous sommes dans la tranche d’âge de Johnny, passer à côté de quelque chose, face au déferlement de louanges artistiques dont il est l’objet. Il ne fut pas notre tasse de thé même si je reconnais que j’ai apprécié certaines de ses interprétations. Je l’avais écouté sur la Grande Scène de la Fête de l’Humanité. Après ça, on sait ce que veut dire l’expression, « bête de scène ». Ce qui ne m’empêche pas de comprendre que tous ses fans aient tenu à manifester leur admiration et leur chagrin. Toute l’Italie était dans la rue pour la mort de Verdi. Les obsèques d’Edith Piaf ont vu une foule immense l’accompagner, etc. Mais l’opération médiatique et politique autour de ses obsèques doit elle interpeller. La récupération politique me rappelle celle menée par Tony Blair avec le décès de la princesse Diana, autour du thème de la « princesse du peuple ». Johnny lui a été érigé en « héros français ». Dans les deux cas, on retrouve des pays en crise, dévastés par les politiques libérales, en proie à la montée des divisions sociales. D’où cette recherche du consensus sur l’émotionnel, censé transcender catégories sociales, générations, villes et campagnes et conférer au politique un rôle de père de la Nation, consolant toutes ses ouailles éplorées. De voir trois présidents de la République, le Premier Ministre, les Présidents de l’Assemblée et du Sénat, la crème du monde politique et de l’appareil d’Etat, alignés comme à la parade, comme s’ils honoraient un homme ou une femme qui aurait eu entre ses mains le destin de la France, m’a choqué. La cérémonie, la veille, pour Jean d’Ormesson, certes homme de droite, dont on peut ou non apprécier l’œuvre littéraire, mais qui prend rang dans la pléiade de nos grands littérateurs, semblait bien pâlotte à côté du faste de la Madeleine et de la prestation scénique de la famille Macron. Sa vie privée regarde Johnny et sa famille. Je n’ai aucun jugement à porter. Mais la citoyenne que je suis ne peut oublier qu’il était un émigré fiscal suisse, puis américain et qu’il avait souhaité un moment prendre la nationalité belge. A regarder la foule attentivement et à entendre les interviews de fans, deux choses m’ont frappé. La première, c’est la présence très largement majoritaire des enfants du baby-boom, des enfants de Mai-Juin 1968. Comme Johnny. Beaucoup l’ont dit : ils pleuraient aussi leur jeunesse, leurs premières amours, leurs espoirs d’alors. Ils ressentaient qu’une période s’achevait, celle des garanties sociales, d’un job assuré, d’un avenir possible porté par la perpective de changements... pour certains, c’était aussi le rêve américain, ses musiques, ses motos et ses grands espaces.... La seconde, c’est l’absence d’une partie de la France d’aujourd’hui, celle des banlieues, des colorés de toutes origines et des originaires du Maghreb, des migrants, des exclus, des pauvres. La France populaire qu’a tenté de nous vendre Macron était samedi singulièrement amputée de ce que sont précisément devenues une grande partie des couches populaires et une France dont le métissage est et ira croissant, y compris dans ses identifiants musicaux et culturels. Que Johnny repose en paix sous le beau ciel des Antilles. Les consensus de cette nature fondent en France assez vite sous les rayons perçants du soleil des réalités sociales.

vendredi 8 décembre 2017

Je n’aime pas les Fêtes de fin d’année.....

Comme chaque année depuis bien longtemps maintenant, je pense qu’il va falloir traverser cette période dite des Fêtes de fin d’année. Et ça me pèse. Cette débauche de sollicitation consumériste. Toutes ces courses à faire pour bouffer tous la même chose. Mais il y aura ceux qui pourront s’offrir le super saumon fumé sauvage et ceux qui devront se contenter d’un saumon fumé premier prix ! Et tout à l’avenant..... Les classiques émissions à la TV des soirs de Réveillon, toujours les mêmes.... Et ce qui me met en rage, c’est que même lucide et trainant les pieds, je vais participer à ce rituel tant il est devenu difficile de s’abstraire du fonctionnement dominant de la société ! Mais enfin, me rétorquerez-vous, il y a la féerie des illuminations, les arbres de Noel, les cadeaux, la joie des enfants. C’est vrai. Mais c’est plus fort que moi, les Fêtes de fin d’année mettent à vif mon rejet des injustices et des discriminations, parce que la joie des uns éclaire encore plus crûment le dénuement des autres. Encore et toujours, je pense à ma mémé qui était aux anges avec comme cadeau de Noel un petit Jésus en sucre candi et ....une orange ! C’est Noël ...mais en demandant la semaine dernière à une des responsables d’une collecte alimentaire dans un supermarché des Landes, les produits à prioriser, elle me dit avec émotion : « les produits pour bébés et jeunes enfants. Madame, la situation devient de plus en plus tragique pour eux ». C’est Noel.... mais de plus en plus d’enfants du primaire savent à peine lire et écrire ! Hallucinant dans un pays comme la France ! Jules Ferry doit se retourner dans sa tombe. C’est Noël... mais il a fallu que ce soit la justice qui affirme le droit de tous les enfants de manger à la cantine ! Pour beaucoup d’entre eux, c’est aujourd’hui devenu leur seul vrai repas de la journée. C’est Noël .... mais de plus en plus de villes transforment à l’extérieur en instruments de torture tout ce qui permettait aux SDF de dormir allongés même dans le froid et les intempéries. C’est Noël.... mais le ministre de l’Intérieur ( il fut socialiste paraît-il ) vient d’oser proposer aux Associations concernées de « trier » les SDF pour une admission en centre d’hébergement. Elles lui ont claqué la porte au nez. ... j’arrête là une énumération de faits qui doivent nous interpeller et nous faire agir. Certes, la solidarité matérielle organisée par les Associations est incontournable. Quelque part ça nous donne bonne conscience. Mais ça reste à la surface du mal. Ce sont des actions de masse portant sur les causes qui deviennent vitales. La misère, la pauvreté, l’exclusion ne sont plus des phénomènes à la marge.... le fameux « il y aura toujours des pauvres ! ». Une partie non négligeable de la population peut basculer en très peu de temps dedans, à la suite d’une modification de sa situation personnelle ( emploi, couple, maladie, etc.). La reconquête des idées et de l’espoir par les forces de transformation sociale passe par la mise en mouvement de cette partie de la population. Il faut déclarer la guerre à tous les affameurs à l’heure où les progrès technologiques devraient résoudre tant de problèmes et éradiquer la misère.

vendredi 17 novembre 2017

Je reprends du service ....

J’ai laissé ma plume de côté quelque jours. Simplement parce que nous avons préparé notre départ en cure ( les vieux et l’arthrose, tout un programme ! ) et que je voulais aussi absolument terminer des recherches pour une prochaine conférence historique en janvier. Entre bains de boue, cataplasmes et autres réjouissances, je vais pouvoir écrire. Le prochain papier sera sur Georges Marchais et mes souvenirs personnels le concernant.

lundi 30 octobre 2017

Lutter contre le harcèlement sexuel ... sans effet si on ne déracine pas ses vraies causes.

Un rapport vient d’être publié qui confirme ce que j’avais abordé dans un précédent billet. Les discriminations salariales entre les hommes et les femmes se chiffrent à environ 60 milliards d’euros.... de quoi alimenter notre système de protection sociale et résorber les fameux déficits ! Mais au-delà de la dimension discriminatoire, c’est l’image infériorisée de la femme qui est ainsi perpétuée. Je prends le risque de me faire traiter de mémère à côté de mes charentaises ! Mais je commence à être un peu fatiguée par ce défilé médiatique de femmes plus ou moins jeunes qui nous expliquent à longueur de journée qu’elles sont ou ont été victimes de harcèlement sexuel. Pour avoir consacré une bonne partie de ma vie à agir pour les droits des femmes, je m’autorise cette réflexion qui ne minore nullement ces questions de harcèlement, sans parler de l’horreur des viols et incestes. Mais, ce que je veux exprimer avec force, c’est que je souhaite que ces mêmes femmes soient aussi virulentes et actives pour dénoncer et lutter contre tout ce qui enracine les visions dévalorisantes des femmes, contre toutes les discriminations qui subsistent au quotidien. Il y a dans leur propos la résurgence d’un vieux féminisme, issu généralement des milieux aisés, qui devient vite « anti-mec » et prendrait tout aussi vite des allures de gueguerre des sexes. Le harcèlement sexuel, ça commence pour moi quand on a recours à des femmes qui collent aux archétypes de la beauté et « séduction » féminine du moment, pour vendre des yaourts, des voitures ou que sais-je. Il faut être cohérent : on ne peut pas rester silencieuse devant toutes les images des femmes réduites à des objets de désir et séduction et limiter ses doléances au harcèlement. Les hommes ne sont pas tous ces mâles déchainés qu’on nous décrit avec complaisance. Ils sont eux-aussi, comme les femmes, le produit de très longs processus historiques et culturels qui ont façonné nos sociétés et les rôles respectifs des hommes et des femmes. Ils ont évolué et continuent à avancer sous les effets des dispositions qui structurent peu à peu l’égalité et la mixité. Le travail salarié des femmes est le principal facteur de ces évolutions. J’y reviendrai. Et bien des femmes luttent contre ces comportements chaque jour. Même si c’est parfois très difficile car le manque de moyens est criant dans les structures d’accueil, d’écoute, de soutien. Mais ces femmes là sont « ordinaires », souvent appartenant aux milieux défavorisés. Elles, elles ne font pas l’Audimat, parce que ce sont aussi des hommes « ordinaires » dont elles sont victimes.... Vous connaissez l’adage : « Que vous soyez riche ou pauvre ..... ». Vrai dans tous les domaines.....

vendredi 20 octobre 2017

Libérer la parole aussi sur les violences professionnelles ...

Pour avoir travaillé avec des spécialistes et auditionné des femmes victimes de violences et harcèlements sexuels lors de mes activités sur la situation des femmes en Région Centre au sein du CESR, je prends toute la dimension de la libération de la parole en cours et de la nécessité urgente de créer les conditions du recul et de la sanction de ces pratiques. Mais, il faut aller plus loin. Il ne suffit pas de vouloir guérir les conséquences. Il faut déraciner les causes de ces comportements. Le respect des femmes est peu compatible avec l’image de la femme que véhiculent les médias, les livres, le cinéma. Le culte du corps, de la beauté, de la maigreur, de la séduction perpétuent la primauté de la femme objet sexuel. Les publicités sur les parfums sont typiques des stéréotypes hommes/femmes en présentant, en contrepoint, des hommes tous jeunes, beaux, musclés à la Tarzan ! Les stéréotypes précisément sur le caractère sexué du rôle de chaque sexe, sur les caractéristiques supposées des femmes et des hommes, nourrissent ces comportements de domination. Je trouve qu’il y a de sérieux reculs sur les perceptions de la place des femmes dans la cité, le travail, la famille. Le reflux des idéaux transformateurs de la société se solde aussi par une avancée des idées rétrogrades sur les femmes. Je suis inquiète parfois quand je constate le manque de réaction des jeunes femmes. Et une des fortes violences à l’encontre des femmes ne réside t’elle pas dans les discriminations professionnelles, à commencer par le différentiel salarial de près de 20% à qualification égale ? L’infériorité dans laquelle on maintient les femmes favorise les violences et gestes sexistes. C’est des la naissance qu’il faut agir en refusant le bleu exclusivement pour les garçons et le rose pour les filles, puis œuvrer pour une mixité des jeux. L’école a une mission littéralement civilisatrice à assumer dans cette éducation de l’égalité sans laquelle le respect des femmes ne peut se structurer. Et à nous, toutes et tous d’agir au quotidien ... et à tout âge, même si l’âge limite le risque de harcèlement sexuel !!! Je prends le temps, quand une occasion concrète se présente, à expliquer à mon petit-fils qui trimballe comme ses copains des drôles d’idées sur les filles, qu’elles sont aussi intelligentes que les garçons et aussi bonnes en sport, que garçons et filles sont égaux. Et je ne laisse rien passer ... j’ai changé de coiffeuse qui persistait à me faire payer plus cher que les hommes une coupe très courte parce les tarifs hommes/femmes, c’est comme ça ! J’ose donc espérer que des dénonciations sur les inégalités vont se multiplier et qu’elles seront aussi médiatisées que celles sur les violences sexuelles.

dimanche 2 juillet 2017

La PMA et le « désir d’enfant » : Égoïsme ou amour ?

La PMA et le « désir d’enfant » : Égoïsme ou amour ?

Je sais d’expérience, au travers de mes travaux et rapports sur les femmes, combien ce sujet comme d’ailleurs tout ce qui touche à la maternité, est sensible. Il interpelle notre culture, notre vie, notre passé familial au plus profond de notre identité. Je respecte les positions divergentes des miennes en la matière. Je demande simplement à ceux et celles, en désaccord avec mes propos, de me renvoyer l’ascenseur de la tolérance. Dans les papiers qui fleurissent, depuis l’avis du Comité d’Ethique favorable à l’accès à la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes, un argument en contre est très présent : ce « désir d’enfant » révélerait un « égoïsme » de la part de ces femmes qui feraient un enfant pour se faire plaisir, en prenant la responsabilité de le priver de la connaissance de l’identité de son géniteur et donc de lui créer de futurs graves problèmes psychologiques. Ce concept de désir d’enfant me gêne beaucoup. Il a représenté quoi dans l’histoire passée des femmes et l’histoire présente de millions de femmes dans tous ces pays écrasés par la misère, la famine, les guerres ? Feuilletez les pages des registres paroissiaux de nos villes et communes rurales des XVIIet XVIIIe siècles. Un enfant par an, des fois tous les 10 mois, pendant souvent 12 à 15 ans avec une espérance de vie au mieux de 40-45 ans ! Une effroyable mortalité enfantine. Une hécatombe de jeunes femmes. Une statistique officielle récente indique que 40% des femmes dans la France d’aujourd’hui ont avorté au moins une fois ! Je suis inquiète du regain de culpabilisation à l’encontre des femmes et des vieilles lunes retardataires : le biberon c’est pas bon ; l’accouchement à la maison c’est super ; le travail des femmes mais pas trop ; la pilule c’est cancérigène ; etc. La PMA, c’est la poursuite de la maîtrise de leur fécondité par toutes les femmes, après la conquête de la contraception et de l’IVG. Et c’est bien plus en fait. On ne peut l’extraire de toutes les évolutions de notre société et de la famille : unions libres, divorces, PACS, couples de même sexe, célibat, familles recomposées, familles monoparentales, indépendance financière des femmes par le travail, etc. Certains peuvent les regretter mais ces évolutions sont vraisemblablement irréversibles. Et elles positionnent la maternité autrement. Un enfant désiré, un enfant aimé, devient l’enjeu central. Les lignes héréditaires et les différentes formes de « la loi du sang » passent au second plan. Les femmes avaient déjà acquis le droit de donner leur nom à leurs enfants. La PMA révolutionne la place de la maternité dans ce que furent les « dominations » masculines sur la place des femmes dans la société. Il faut aussi raison garder. La PMA demeura marginale, sur le très très long terme, tant sont enracinés et durables les comportements sur ces questions de société. C’est une possibilité et non une obligation ! Elle doit s’inscrire dans le respect de la conception française de non-marchandisation de la procréation et de strictes règles d’éthique interdisant de se « façonner » un enfant suivant ses goûts ! Mais, sur le principe, elle acte une nouvelle avancée des droits des femmes et une nouvelle phase évolutive des rapports femmes/hommes.