Les scoops sur les agressions sexuelles et les hommes de pouvoir virent au roman feuilleton. On va bientôt attendre avec curiosité de connaître le prochain héros de l’épisode suivant ! J’use d’un ton badin mais je crois que ce qui se passe n’est pas banal. Comme je n’ai pas l’habitude de me faire des cadeaux, je m’interroge sur mes propres réactions. J’ai passé une bonne partie de ma vie à lutter pour les droits des femmes. Je crois avoir modestement contribué au travers des mes rapports au CESR à pointer dans les années 2000 des sujets dont on parlait encore avec réticence à l’époque : le droit des femmes de maîtriser leur corps, la PMA et la GPA, le mariage homosexuel, les violences conjugales, les violences sexuelles dont l’inceste, etc. J’ai interviewé suffisamment de femmes et de jeunes filles pour savoir combien il leur est souvent très dur de parler de ces atteintes intimes. Beaucoup ne veulent pas déposer plainte et s’enferment dans leur silence. Puis, le temps passe et il y a prescription des faits. Accompagner et soutenir ces femmes pour qu’elles se défendent en temps voulu et aillent devant la justice est donc un combat qui concerne les féministes et tout le monde. C’est aussi contribuer à ce que la Justice prenne ces femmes au sérieux et diligente sans barguigner les procédures. Faut-il s’étonner que ce qu’on appelle la libération de la parole des femmes après l’affaire Weinstein, les campagnes de « Balance ton porc », de « MeeTo » et autres, débouchent sur la mise sur la place publique d’affaires de cette nature ? Parions que ces affaires vont se multiplier. La dimension sexuelle dans la domination hommes/femmes est particulièrement forte dans le monde de la politique, si longtemps apanage exclusif des hommes. Ce dont je voudrais être sûre, c’est que ces dénonciations ne soient pas politiquement instrumentalisées ou médiatiquement exploitées pour faire de l’Audimat, pour régler des comptes politiques ou personnels ( quels que soient les partis ou idées concernées ), pour discréditer encore un peu plus les hommes politiques qui sont déjà sous l’eau. BFMTV avait fait de « l’affaire Hulot » l’information principale de toute une journée.. et ça tourne en boucle, et ça te commente ! A propos, incroyable le nombre d’experts et de spécialistes sur tout et n’importe quoi qui défilent sur le petit écran. Est-ce que j’exagère si je crains aussi que ces campagnes contribuent à discréditer le combat des femmes pour faire respecter leur dignité de femmes, en misant sur une sorte de rejet de l’opinion publique face au danger d’être traité de porc si on dit à une femme qu’elle est belle et désirable. Comme, une femme devrait pourvoir dire la même chose à un homme, sans être considérée comme une femme facile ou une pute potentielle. C’est en cela que ces révélations tardives, faites dans des circonstances parfois floues, provoquent chez moi un malaise. Hulot après Darmanin en quelques semaines dans un gouvernement qui officiellement, affiche son ambition de faire de la lutte contre les violences sexuelles, une des grandes causes du quinquennat. Genre l’arroseur arrosé. Quels caïmans s’agitent dans ce marigot ?