Nous avions eu le fameux « dégagisme » lors des élections présidentielles. Pour ceux qui en étaient des adeptes, ils ont pu vérifier depuis qu’il ne suffit ni de rajeunir nos élites politiques, ni de les féminiser, ni de les prendre dans la société civile, ni de sélectionner des « perdreaux de l’année, pour changer les choses ! Plus que le contenant, c’est le contenu qui importe. Et un contenu au service des puissants et des possédants produit les mêmes effets. Mais que dire du « dégagisme » qui déferle sur les services publics ! On nous repasse le plat. Et ce n’est qu’un début. Après les annonces sur la Fonction Publique, c’est au tour de la SNCF avec le rapport Spinetta. Fermetures de nombre de lignes secondaires et dans les zones rurales pour tout concentrer sur les lignes à grande vitesse et les transports urbains et péri-urbaines des métropoles. Filialisation, en clair privatisation, du transport des marchandises. Ouverture à la concurrence exigée par l’Europe avec demain des trains allemands ou d’une multinationale sur nos rails ..enfin, le vieux rêve réalisé en tordant le cou à ces vieilleries nationales, fondées sur des péréquations solidaires et sur l’égalité des citoyens pour accéder à des transports abordables ! La préhistoire que je vous dis. Et, la cerise sur le gâteau, la satisfaction de qui a sû attendre : la suppression du statut des cheminots, créateur de privilèges et obstacle à la concurrence. A chaque société, son personnel, ses salaires, ses règles et tous mis en concurrence. Ce qui interroge, c’est l’approbation majoritaire de l’opinion publique sur ce que projette le gouvernement à l’encontre des personnels du service public. Il faut être lucide sur ces comportements pour positionner ce que va être le dur et difficile combat des personnels concernés. C’est parce que je connais bien ces catégories si intensément liées à ce que fut ma vie que je me permets de leur dire : ne partez pas de vous et de que vous allez perdre, partez des usagers-citoyens et de ce que eux vont perdre ! Car notre raison d’être, c’est le service au service des gens, des collectivités et de la Nation pour des droits égalitaires, pour des prestations gratuites ou au juste coût, pour des politiques solidarisées entre régions riches et pauvres, entre villes et campagnes, etc. Il faut ancrer le combat des services publics dans ces fondamentaux que les gens vivent concrètement au quotidien dans leurs rapports avec les services publics. Expliquez-leur pourquoi un « statut » pour vous, c’est aussi des garanties pour eux. Non seulement dans leurs rapports au service public. Mais aussi pour la défense de leurs situations. Quand les mêmes luttent pour obtenir un CDI, au lieu et place de CDD et autres précarités, c’est bien, eux aussi, la stabilité de l’emploi qu’ils souhaitent. Le centre des Finances de Montrichard va être fermé, pourtant il ne désemplit pas. Il faudra faire plus de 20 km pour aller à celui de Contres qui sera aussi ultérieurement fermé et se rendre à Romorantin à 40 km ... et sans moyens de transports locaux adaptés. La gare de Montrichard en sursis ne voit plus passer déjà que quelques trains. Elle correspond à la description des canards boiteux du rapport Spinetta. Si elle ferme, les populations rurales seront un peu plus coupées encore des centres urbains comme Tours, Bourges, Blois et bien sûr Paris. Je pourrais continuer à égrener cette désertification et déshumanisation programmées. Le statut des personnels qu’ils soient de l’Etat, de la Territoriale, de la SNCF est consubstantiel de la conception du service public et de la démocratie en France. Si l’opinion publique perçoit leur action comme une lutte corporatiste, pour la défense de leurs acquits avant tout, alors les carottes risquent d’être cuites. Quand une majorité de la population n’a plus d’espoir d’une promotion sociale permettant à chaque génération de progresser, quand elle a le sentiment nourri par les idéologues libéraux et relayés par les médias qu’il y a des couches privilégiées et parasitaires parmi les salariés, quand elle est convaincue que les sacrifices imposés sont inégalement répartis sur certains ... alors, c’est la division, la compétition, les mises à mort qui s’annoncent. Toutes les forces de la gauche alternative doivent faire converger leur détermination pour lancer une campagne d’envergure sur les services publics, et une campagne sur la durée et sur le fond des enjeux, ancrée dans la diversité des uns et des autres. Parce que c’est de la France tout court dont il s’agit. Le poème du pasteur Martin Niemoller, écrit à Dachau, ne quitte pas mon esprit. Souvenez-vous. Il dit que quand les nazis sont venus chercher les communistes, puis les syndicalistes, puis les juifs, puis les catholiques... il n’a rien dit car il n’était rien de ça ; mais quand les nazis sont venus le chercher lui, il n’y avait plus personne pour protester ... comparaison outrancière penseront certains ! Non, car le « dégagisme » en cours à l’encontre des services publics prendrait alors rang dans les tragédies de notre histoire nationale. Le nom du rapporteur Jean-Cyril Spinetta ne m’était pas inconnu... au-delà d’une carrière exemplaire de technocrate bon teint, c’est son profil politique qui me titillait l’esprit ...pour cause ! Fils et petit- fils de militants socialistes, il a été membre du PS jusqu’en 1977 .... même pas un petit reste !!