Ça me taraude depuis plusieurs jours. Mais après avoir écouté le Premier Ministre annoncer avec un cynisme assumé la mort à terme rapproché du service public ferroviaire et la liquidation du statut des cheminots, j’ai besoin de pousser un coup de gueule. C’est aux composantes de la gauche dite alternative que je l’adresse. Vous attendez quoi pour créer les conditions de la riposte populaire ? Que le libéralisme triomphant de Macron « fasse table rase du passé » ? De notre passé de luttes, d’acquis sociaux, de libertés individuelles et collectives. Tout cela durement conquis, parfois dans les geôles et dans le sang. Que la France soit ramenée à des siècles en arrière ? Et qu’elle finisse diluée dans une Union Européenne, vaste marché dominé par l’Allemagne ? Je ne vous demande surtout pas de retomber dans les errements qui nous ont conduit à l’échec. Ne passez pas des jours, des nuits, à refignoler une resucée de programme commun que toutes les composantes devraient adopter le petit doigt sur la couture du pantalon et qui nourrirait à nouveau illusions, délégation de pouvoir, attentisme, technocratie. De quoi avons-nous besoin ? Que vous appeliez ensemble à des luttes. Les gens se sentent tellement écrasés par ce rouleau compresseur de l’austérité généralisée, qu’ils ont absolument besoin de se sentir encouragés à agir par une démarche unitaire. L’unité fait la force. Plus vrai que jamais. Que vous traciez ensemble des axes et objectifs clairs autour desquels se concrétiseront les revendications des uns et des autres ainsi que les solidarités communes à tous. Nul besoin d’être d’accord à 100% sur tout. Il y a le feu à la maison. C’est ce qui doit être notre boussole. Que vous vous saisissiez de tout ce qui peut rassembler en bas, de manière large et ouverte, non seulement au sein des entreprises mais tout autant dans les quartiers, les villes, les campagnes. Je crois à la portée grandissante pour reconstituer un rapport de force qui pèse, à ces sortes de luttes « concentriques ». Que vous écoutiez comme jamais ce qu’on à dire salariés et populations pour qu’ils se sentent concernés par « la politique ». Même si des fois ça décoiffe. Que vous relanciez de grands débats d’idées sur la place publique pour redonner le goût de discuter, d’exercer conviction et esprit critique. Les futures élections européennes sont une opportune occasion. Les enjeux sont si vitaux, que l’action n’incombe pas aux seuls syndicats. Elle concerne toutes les forces se réclamant d’une transformation sociale. Henri Krasucki disait souvent qu’on ne lutte bien que « les yeux grands ouverts » Ouvrez les vite. Laissez de côté rancœurs du passé et egos d’aujourd’hui. Redonnez donc espoir en réouvrant des voies vers l’avenir.