Devoir de Dire

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lundi 5 mars 2018

Italie : « Che bordello ! » ....peut-être, mais à prendre très au sérieux.

Ce « Che bordello » est un titre de la presse italienne de ce matin. Gardon-nous d’y voir un résultat électoral traduisant la culture et les comportements que nous français, qui nous voulons héritiers de la raison et du cartésianisme, attribuons facilement à nos amis transalpins. Le résultat des élections italiennes n’est certes pas une divine surprise. C’était un désastre annoncé. Une gauche alternative infinitésimale. Le parti de Renzi, jumeau de En Marche, à la dérive. Et ce sont des partis réactionnaires ou carrément fascisants ( 5 Étoiles, Forza Italia, la Ligue du Nord ) qui pour une majorité d’Italiens, qui par ailleurs ont massivement voté, représentent le changement ! Ainsi, se vérifie une fois de plus que quand des forces politiques ( Parti de Matteo Renzi, ex socialistes, ex communistes) mettent en œuvre des politiques libérales, impulsées par l’UE, ça finit dans la mises en selle de partis qui eux vont achever la besogne de remise en cause des acquis sociaux et des libertés démocratiques. Il ne suffit donc pas d’être jeune et avoir une gueule sympa à la Rastignac et de se gargariser de modernité ! La peopleisation de la vie publique à ses limites. Comme le dit le proverbe breton qu’aimait citer mon grand-père : « L’amour de dure pas longtemps quand on danse devant le buffet vide » ! Ce qui se passe en Italie renforce le camp des forces les plus conservatrices en Europe, particulièrement les gouvernements actuels de plusieurs ex-pays socialistes. Elle file un sacré coup de pouce aux positions racistes, xénophobes, anti-migrants. Elle pose de manière exacerbée l’urgence de régler des situations devenues intolérables pour la population, comme en Italie, la propreté des villes, le chômage des jeunes, les transports, etc. Cette désespérance sociale risque de déboucher sur le recours, une nouvelle fois, dans son histoire à un pouvoir fort, un pouvoir réputé capable de résoudre, au besoin par la force, ces situations. Avez-vous vu à la TV, ce reportage sur ces dizaines et dizaines de milliers de jeunes italiens qui font le tour de l’Italie pour se présenter en masse aux concours publics, même pour une poignée de places. Des transports spéciaux low-cost en bus se sont créés pour ce nouveau « marché » ! Au moment où chez nous, le pouvoir s’apprête à zigouiller le statut des cheminots, puis celui de la Fonction Publique, avoir un vrai job à temps plein et permanent, est bien une aspiration des jeunes pour vivre leur vie ! Mais ceci explique aussi le vote italien. L’Italie est une nation jeune : 150 ans. Elle a connu le fascisme au pouvoir pendant plus de 20 ans. Elle a des lettres de noblesse acquises dans la lutte antifasciste avec un PCI sorti très renforcé de la guerre mais qui n’a pas pris lui aussi les dimensions des luttes de classe d’aujourd’hui. Je n’en rajoute pas. Nous arrivons à un tel degré de chocs des contradictions entre diktats du capital et besoins sociaux au sens large, que le risque est de plus en plus proche d’assister au retour ou à l’arrivée dans dans nos pays, de gouvernements fascistes, même repeints aux couleurs des thèmes porteurs du moment : le jeunisme, la défense de la planète, l’anti-élitisme, la base contre les appareils, etc. La situation italienne confirme, si besoin était, que la question de l’Europe est pour, l’essentiel, la clé de voûte de ces devenirs. Ce qui me préoccupe, moi petite-fille d’émigrés italiens, c’est le racisme qui gagne l’Italie. Il est vrai qu’elle n’était pas, comme la France, une terre d’immigration mais d’émigration. Il est tout aussi vrai qu’un fossé existait entre le Nord et le Sud et que les migrations internes vers le Nord ne furent pas toujours bien vécues. Déjà, Siciliens, Napolitains, Calabrais et autres étaient accusés de bénéficier de trop de crédits publics ! Mais l’Italie ne fut pas terre d’antisémitisme ni de rejet d’autres civilisations ou religions. L’afflux massif des migrants et réfugiés de Méditerranée, sur fond de reculs sociaux et de chômage, a changé la donne. Il y a vraiment un boulot titanesque d’explication, de conviction, de propositions concrètes à construire pour solidariser nos luttes en France ( et ailleurs ) et celles pour que des populations ne soient plus condamnées à un exil pour espérer survivre. Divisions entre salariés et catégories sociales dans un pays et divisions entre peuples s’auto-nourrissent. Et renvoient à ma question récurrente : forces alternatives françaises, on arrête de se regarder le nombril et on prend, dans les plus larges convergences, à bras le corps ces enjeux qui ne peuvent plus guère être différés.

lundi 12 février 2018

« Cheddar Man » ...quand le noir vire au blanc !

Je jubile. La découverte des chercheurs britanniques sur « Cheddar Man » est un vrai pied de nez aux racistes de tous bords ! Imaginez. Un squelette, qui était déjà connu, mais dont les progrès scientifiques viennent de définir quelle allure il avait... on le croyait blanc, blond et aux yeux bleus, comme le laissaient à penser des analyses antérieures moins pointues. Et bien non. Cet homme, originaire d’un peuple de chasseurs-cueilleurs du Moyen-Orient, qui a migré il y a 10 000 ans, à la fin de l’ère glaciaire, vers l’Europe du Nord .... avait la peau noire, les cheveux noirs bouclés et les yeux bleus. L’explication est simple et chimique ! Les peaux claires transforment mieux la vitamine D dans les régions pauvres en soleil. La couleur de la peau humaine a donc évolué en fonction du climat et de l’ensoleillement des régions où les hommes se sont installés et sédentarisés. Ce qui nous renvoie au constant suivant. Une peau bronzée sur la plage de nos vacances, c’est super surtout si on peut y accoler le nom d’un lieu de villégiature dans l’air du temps. Un teint hâlé sur les pentes d’une station de ski, ça pose socialement : « on est allés à la neige ». Une peau colorée aux UV, c’est bon pour le moral et ça met plus en valeur nos quadras soumis à une compétition professionnelle dans laquelle le physique monte en charge. Mais la peau noire naturelle, toutes nuances de la palette comprises, c’est la marque d’une infériorité : de race, sociale, culturelle. Vous n’êtes pas « comme les autres » et ce regard des « autres » est une douleur permanente. Atténuer ces stigmates de l’infériorité devient alors un objectif conscient ou inconscient, très commercialement exploité par les faiseurs de fric. Pour défriser les cheveux crépus, pour éclaircir la peau, pour transformer les signes de cette négritude. La France ou la Grande-Bretagne qui furent des empires coloniaux ayant dominé des peuples « bronzés » et imposé leur civilisation, leur mode de vie, leurs institutions, ont généré chez certains ce sentiment de supériorité. Il n’avait jamais été majoritaire en France, même aux périodes sombres de notre histoire. Les crises de toutes natures qui secouent le monde accélèrent les mouvements migratoires. Nous le vivons tous les jours, à une échelle encore très modeste. Mes profs du très sérieux et conservateur IFRI ( Institut Français de Relations Internationales ) qui en partenariat avec l’Université de Marne la Vallée, organisait un DEA sur la « Prévention et gestion des conflits Internationaux, en 1995-96, nous enseignaient fort lucidement avec recherches et expertises à l’appui, que le troisième millénaire serait celui des grandes migrations comme celles qui avaient suivi la fin de l’époque glaciaire ! Beaucoup, beaucoup de « Cheddar Man » en perspective sur les chemins et mers des continents. Les braves anglais, encore sous le choc, de cette révélation, pourront toujours se raccrocher au bleu des yeux de leur ancêtre. Moi, j’ai un faible pour le vert car ça se marie bien avec le foncé. Mais les yeux marron de mon brun de mari porteur des métissages de la Méditerranée, ne sont pas mal du tout !